Il y a des moments où le silence devient criminel.
Il y a des moments où la négligence cesse d’être une faute pour devenir une stratégie.
Il y a des moments où ce qu’on inflige à un homme dépasse sa personne et révèle la vérité nue d’un système.
Ce qui arrive aujourd’hui au président Ekane Anicet Georges n’est pas un simple épisode médical. C’est un test moral pour le Cameroun, et il est en train d’être perdu avec un cynisme glaçant.

Un mois de détention forcée dans un centre médical indigne

Depuis un mois, le président Ekane est maintenu au Centre médical de la Gendarmerie nationale au SED. Pas dans une unité spécialisée. Pas dans un service de soins intensifs. Dans un centre médical qui, selon les constats de ses propres médecins militaires, n’a ni l’équipement, ni les compétences, ni l’infrastructure pour stabiliser encore moins améliorer, son état de santé.
Comment un pays peut-il accepter que l’on détienne dans un tel environnement un homme dépendant 24h/24 d’un extracteur d’oxygène ? Comment peut-on dire « tout va bien » quand un détenu malade se retrouve abandonné dans un espace médical vidé de sa fonction première ?

L’extracteur d’oxygène confisqué : un acte qui dépasse l’entendement

Le détail qui glace le sang reste la confiscation, depuis un mois, de son extracteur d’oxygène personnel.
Cet appareil ne se vend pas sur le marché camerounais.
Cet appareil n’est pas remplaçable.
Cet appareil n’est pas un luxe.
Cet appareil est sa vie.
Et pourtant, la Légion de Gendarmerie du Littoral le retient, sous des prétextes suffisamment flous pour ne tromper personne.
Hier encore, Me Augustin Nguefack a passé la journée entière dans cette Légion. Sans résultat. Sans motif. Sans trace.
Où est l’appareil ?
Qui en répond ?
Dans quel système normal un équipement vital disparaît-il dans un bureau militaire ?
Ce n’est plus un accident administratif.
Ce n’est plus une lenteur bureaucratique.
C’est une atteinte consciente et volontaire à la vie d’un détenu.
Les médecins militaires traitants, les premiers concernés, ont demandé un transfert vers le CHU de Yaoundé. Un hôpital où au moins, certaines machines existent.
Les avocats ont plaidé pour une évacuation sanitaire, ultime recours pour sauver la vie de leur client.
Réponses ?
Non.
Non.
Et encore non.
Aucun argument médical.
Aucun argument de sécurité.
Juste le mur.
Le mutisme.
Le pouvoir nu dans toute sa brutalité.
Quand un État refuse délibérément à un détenu l’accès aux soins vitaux, il assume la possibilité de sa mort. Et cette mort, si elle survenait, ne serait pas un accident : ce serait une responsabilité politique clairement identifiable.

Faut-il rappeler le contexte politique pour comprendre cette froideur ?

La question dérange, mais elle s’impose :
Le président Ekane est-il en train de payer son désaccord avec les résultats du dernier scrutin présidentiel ?
Parce que ce scénario macabre ne tombe pas du ciel.
Parce que les circonstances ressemblent trop à ces méthodes d’un autre âge où l’on cherchait à « corriger », « briser », ou « neutraliser » les opposants ou contestataires sans jamais l’assumer publiquement.
Les méthodes rappellent ces régimes qui préfèrent les dissidents affaiblis plutôt que les dissidents libres.
On ne débat pas avec eux : on les isole.
On ne répond pas à leur argumentaire : on les prive d’air.
Littéralement.
Depuis l’aube, les proches du président Ekane ne cessent d’appeler.
Ils craignent le pire.
Ils voient son état se dégrader jour après jour, heure après heure, sous leurs yeux impuissants.
Ses avocats déboussolés dont Me Meli Hyppolite qui rend compte de la situation , oscillent entre indignation et désespoir.
Ils rappellent les Mandela Rules : ces règles internationales qui exigent un traitement humain des détenus.
Mais apparemment, dans cette affaire, les règles ne servent qu’à remplir des manuels que personne ne lit.

Ce qui se joue dépasse largement le cas Ekane

Ce n’est pas seulement un homme qui manque d’oxygène.
C’est un pays tout entier qui suffoque sous l’arbitraire.
Quand une institution peut retenir un appareil médical sans justification, tout citoyen devient vulnérable.
Quand un détenu malade est privé de soins, toute justice devient suspecte.
Quand un État laisse faire, toute démocratie s’effondre dans le non-dit.
Aujourd’hui c’est Ekane.
Demain ?
N’importe qui ayant exprimé un désaccord, un doute, une opinion.

Un appel urgent à la responsabilité

Il n’est pas trop tard.
Mais chaque seconde qui passe réduit la marge.
Les autorités doivent :
Restituer immédiatement son extracteur d’oxygène ;
Autoriser son transfert au CHU de Yaoundé ou l’évacuation sanitaire ;
Garantir son accès total à ses médecins ;
Respecter les règles internationales relatives aux droits des détenus.
Parce qu’un homme ne doit pas mourir pour un désaccord politique. Parce que la force d’un État se mesure à la manière dont il traite les plus vulnérables, et non à la manière dont il les étouffe.
‎L’histoire jugera. Et elle jugera sévèrement.
‎Les heures à venir seront décisives.
‎Elles diront si le Cameroun a choisi la voie de l’humanité ou celle de l’inhumanité assumée.
‎Elles diront si la vie d’un homme pèse encore quelque chose dans nos institutions.
‎Elles diront si nous avons encore un État…
‎… ou seulement un appareil de pouvoir devenu sourd à la souffrance humaine.
‎Pour l’instant, un homme suffoque.
‎Et avec lui, une Nation retient son souffle.

‎Charles Chacot Chimé

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