Monsieur le Ministre,
Depuis quelque temps, vous maniez Romains 13:1 comme un bouclier sacré : « Toute autorité vient de Dieu. »
Un verset que vous brandissez dès qu’une voix ose questionner votre attitude, vos injonctions, ou vos menaces à peine voilées.
Pourtant, Monsieur le Ministre, ce verset n’est pas un permis de dominer, mais un rappel de responsabilité. Et c’est précisément là que le bât blesse.

  1. Dieu n’a jamais cautionné l’arrogance
    Lorsque la Bible affirme que l’autorité vient de Dieu, elle parle de l’institution de l’ordre, pas de l’orgueil personnel de ceux qui l’exercent.
    L’arrogance n’est pas une onction spirituelle ; c’est une dérive humaine. Jésus lui-même l’a rappelé :
    « Celui qui veut être le plus grand soit le serviteur de tous. »
    Un leader qui se prend pour une forteresse imprenable n’est pas oint ; il est simplement déconnecté.
  2. Dieu ne soutient pas les abus au nom du pouvoir; l’exemple implacable de Saül
    Monsieur le Ministre, si vraiment « toute autorité vient de Dieu », alors souvenez-vous de Saül. Il était roi, assis sur le trône, couvert des symboles du pouvoir. Pourtant, Dieu l’a rejeté pour son entêtement et son mépris des instructions divines (1 Samuel 15:26). La Bible ajoute même que « l’Esprit de l’Éternel se retira de Saül » alors qu’il occupait toujours le palais (1 Samuel 16:14).
    Voilà la preuve éclatante que Dieu peut retirer Sa main d’un dirigeant tout en le laissant physiquement au pouvoir. Un fauteuil ne garantit pas la faveur divine ; l’obéissance, l’humilité et la justice, si.
  3. Romains 13 n’est pas une muselière pour les citoyens
    Les apôtres ont désobéi aux autorités lorsque celles-ci détournaient l’ordre de Dieu.
    Daniel a refusé les décrets injustes.
    Les sages-femmes ont défié Pharaon.
    L’autorité que Dieu approuve est celle qui protège, élève, rassure, respecte et rend des comptes.
    Pas celle qui traque, qui intimide, qui sacralise la peur et confisque l’espace public.
  4. En invoquant la Bible, vous vous placez vous-même sous son jugement
    Citer Romains 13 pour exiger silence et soumission revient à oublier le reste du chapitre :
    Paul décrit un pouvoir « qui n’est pas une terreur pour la bonne action, mais pour la mauvaise ».
    Alors, permettez une question simple :
    En quoi vos méthodes reflètent-elles un pouvoir qui rassure les justes et effraie les injustes ?
    Parce qu’aujourd’hui, dans le pays que j’appelle la Scandalousie, ce n’est plus l’injustice qui tremble.
    Ce sont les honnêtes.
    Les indignés.
    Les journalistes.
    Les voix discordantes.
    Les citoyens qui espèrent encore que gouverner n’est pas synonyme d’intimider.
  5. Toute autorité vient de Dieu, mais pas toute attitude
    Si vraiment vous croyez au verset que vous citez, alors vous savez ceci :
    Dieu renverse les puissants qui se prennent pour des dieux ;
    Dieu se range du côté des opprimés ;
    Dieu juge l’orgueil plus vite que n’importe quel opposant.
    Et surtout :
    l’autorité qui vient de Dieu ressemble à un service, pas à un sceptre brandi sur les têtes.
    Monsieur le Ministre,
    Dieu donne l’autorité, mais Il retire aussi Sa lumière quand celle-ci devient une arme.
    On ne se cache pas derrière la Bible pour étouffer un peuple.
    On s’en inspire pour le servir.
    Avec respect, mais sans tremblement,

Chacot Chimé
Journaliste, citoyen et Ancien d’Eglise.

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