Alors que les élections régionales se tiennent ce 30 novembre, l’opposition camerounaise, menée par Issa Tchiroma Bakary en exil, dénonce une mascarade institutionnelle et appelle à la mobilisation citoyenne. Le régime de Yaoundé, fragilisé par des accusations de fraude massive, répond par la répression.

Un exil qui parle

La Gambie est devenue la voix libre de la démocratie camerounaise. Depuis son exil confirmé dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, Issa Tchiroma Bakary, celui que des millions de Camerounais considèrent comme le président légitime, continue de défier le régime de Paul Biya. Ce dimanche, en marge des élections régionales organisées par le pouvoir, il a lancé en ligne des « régionales du peuple », une initiative symbolique pour contester la légitimité d’un processus électoral qu’il juge illégitime . Dans un contexte de tension extrême, sa porte-parole, l’avocate Alice Nkom, a annoncé trois jours de « villes mortes » pour exiger le respect de la vérité des urnes.

La répression comme seule réponse

Derrière les résultats officiels proclamés par un Conseil constitutionnel aux ordres – 53,66 % pour Biya contre 35,19 % pour Tchiroma – se cache une réalité sanglante . Les forces de sécurité ont répondu aux manifestations pacifiques par des balles réelles. Selon des sources onusiennes et des témoignages recueillis par Human Rights Watch, au moins 48 personnes ont été tuées lors de la répression, dont un trader de 35 ans abattu à Douala et un étudiant en médecine de 34 ans . Les arrestations massives – près de 2 000 personnes selon un collectif d’avocats – et la détention de militants dans des centres comme le Secrétariat d’État à la défense, connu pour la pratique systématique de la torture, illustrent la dérive criminelle d’un régime aux abois .

Un pouvoir illégitime et déconnecté

Avec 92 ans et 43 ans de règne sans partage, Paul Biya incarne une gouvernance archaïque, rythmée par des séjours prolongés à Genève et une absence notoire sur la scène politique nationale . Son régime, miné par la corruption et l’incompétence, a précipité le Cameroun dans une crise multidimensionnelle : conflit séparatiste dans les régions anglophones, inégalités criantes, et désastre économique malgré des ressources naturelles abondantes . Les élections régionales du 30 novembre, boycottées par le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) de Tchiroma, ne sont qu’une nouvelle mascarade destinée à légitimer un système pourri .

La résistance s’organise

Face à l’entêtement du régime, l’opposition se structure. Le mot d’ordre de « villes mortes » lancé par Alice Nkom – trois jours de suspension des activités – rappelle les stratégies de résistance civile qui ont fait trembler d’autres dictatures . Si le gouvernement minimise cet appel, la colère populaire, elle, ne faiblit pas. Dans les régions du Nord, à Douala ou à Bafoussam, la jeunesse camerounaise, révoltée par les fraudes électorales et les violences d’État, refuse de se soumettre .

L’heure des responsabilités

La communauté internationale, jusqu’ici silencieuse, ne peut plus se contenter d’observations timorées. Les preuves de fraudes massives – comme les taux de participation invraisemblables dans les régions anglophones – ont été documentées . Les crimes du régime contre les civils doivent être dénoncés avec force. Le Cameroun, à la croisée des chemins, mérite mieux qu’un nonagénaire accroché au pouvoir et un système qui étouffe ses aspirations démocratiques. La vérité des urnes, volée en octobre, finira par éclater. L’histoire l’a toujours montré : aucun régime, aussi répressif soit-il, ne survit à la détermination d’un peuple uni.

Emmanuel Ekouli

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