Alors que le président Paul Biya insiste sur la promotion des femmes et des jeunes, le parcours de Pr Justine Diffo illustre une mise en pratique concrète de cette ambition présidentielle.

Une trajectoire qui dépasse le discours

Pr Justine Diffo Tchunkam, née en 1965, est professeure de droit public, militante féministe et dirigeante institutionnelle. Son parcours est marqué par une double exigence : produire une pensée critique sur les inégalités de genre et traduire cette pensée en action politique. Fondatrice de More Women in Politics en 2007, elle a construit un réseau citoyen qui mobilise les femmes pour accroître leur présence dans les sphères décisionnelles.  

Le Cameroun compte 52 % de femmes dans sa population, mais leur représentation politique reste faible : en 2020, elles occupaient environ 31 % des sièges à l’Assemblée nationale et moins de 20 % des postes exécutifs locaux. Cette sous-représentation contraste avec leur poids démographique et social. Diffo a fait de cette asymétrie son terrain de combat, en organisant des formations, des campagnes de sensibilisation et des plaidoyers auprès des partis politiques.  

Son initiative More Women in Politics a pris une dimension stratégique à l’approche des élections de 2025, mobilisant des centaines de femmes à Yaoundé et dans les régions du Nord. L’objectif est clair : passer d’une présence symbolique à une participation effective, en alignant le Cameroun sur les standards internationaux de parité.  

Leadership institutionnel et crédibilité

La nomination de Pr Diffo en 2020 comme présidente du Conseil d’administration de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) illustre la reconnaissance de son expertise. Dans un secteur hautement technique, elle a dû conjuguer rigueur académique et gestion stratégique. Cette position lui permet de démontrer que les femmes peuvent occuper des postes de gouvernance dans des domaines traditionnellement masculins.  

En parallèle, elle a été élue en 2023 présidente de la Fédération camerounaise de Nanbudo, confirmant sa capacité à naviguer dans des univers variés, du sport aux télécommunications. Ce cumul de responsabilités renforce son image de leader transversal, capable d’incarner une gouvernance inclusive.  

Ses engagements dépassent le cadre national : elle est également coordinatrice Zone Afrique du Réseau Francophone pour l’Égalité Femme-Homme, abrité par l’Organisation internationale de la Francophonie. Ce rôle lui permet de relier les luttes locales aux dynamiques globales, notamment les principes de la Conférence de Pékin de 1995, qui restent une référence pour l’égalité.  

Une figure qui incarne la vision présidentielle

En octobre 2025, Paul Biya a réaffirmé que la situation des femmes et des jeunes serait au cœur de son action pour son huitième mandat. Ce discours, prononcé à Maroua et repris lors de son investiture, s’inscrit dans une volonté de donner une place centrale à ces catégories sociales. Mais la crédibilité de cette promesse dépend de figures capables de la traduire en pratique.  

Pr Diffo apparaît comme l’une de ces figures. Ses initiatives citoyennes, ses responsabilités institutionnelles et son expertise académique en font une passeuse de vision : elle relie le discours présidentiel aux réalités du terrain. Dans un pays où les jeunes représentent plus de 60 % de la population, et où les femmes sont majoritaires, son action contribue à transformer ces données démographiques en leviers politiques.  

Elle insiste sur la nécessité d’une parité qualitative, qui ne se limite pas aux chiffres mais intègre la capacité des femmes et des jeunes à influencer les décisions. Ses travaux montrent que l’inclusion n’est pas une faveur mais une condition de stabilité et de développement.  

La figure cle de l’avenir d’un pouvoir partagé

Pr. Justine Diffo incarne une trajectoire rare : universitaire, militante et dirigeante, elle conjugue pensée critique et action concrète. Dans un Cameroun où le président Biya place femmes et jeunes au centre de son agenda, elle apparaît comme une figure stratégique pour crédibiliser cette vision.  

Son parcours démontre que l’égalité n’est pas une utopie mais une construction patiente, nourrie par des initiatives citoyennes, des responsabilités institutionnelles et une expertise reconnue. À l’heure où le pays prépare ses échéances électorales et son huitième mandat présidentiel, qui mieux qu’elle pour incarner et mettre en pratique l’ambition d’un pouvoir inclusif ?  

Baltazar Atangana

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