L’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc a offert à l’Afrique un spectacle millimétré, presque solennel. Mais dès les premières rencontres, une vérité familière s’impose : à la CAN, le terrain résiste toujours à la mise en scène.

Le match Maroc – Comores devait consacrer l’hôte. Il a surtout révélé sa nervosité. Appliqué mais sans éclat, le Maroc a peiné à imposer une domination franche face à des Comores joueuses, libérées de toute pression. À la CAN, être favori est souvent un handicap. Le Cameroun le sait : le statut expose plus qu’il ne protège.

Dans Mali – Zambie, la hiérarchie s’est diluée. Le Mali, sérieux sur le papier, s’est heurté à une Zambie disciplinée, compacte, sans révérence. Le message est clair : les réputations ne font plus trembler personne. Une leçon utile pour une sélection camerounaise parfois tentée de vivre sur son passé plutôt que sur une organisation lisible.

La rencontre Afrique du Sud – Angola a confirmé une vieille loi africaine : la possession ne gagne rien sans tranchant. Jeu séduisant d’un côté, efficacité minimale de l’autre. À ce jeu-là, le Cameroun, souvent critiqué pour son désordre mais rarement pour sa naïveté, sait que le réalisme vaut mieux que l’esthétique — surtout quand l’environnement interne manque de sérénité.
Enfin, Égypte – Mozambique a sonné comme un avertissement continental. Un géant essoufflé, prisonnier de ses certitudes, tenu en respect par un outsider audacieux. Preuve que même les institutions peuvent vaciller lorsque la dynamique collective s’érode.

Dans ce contexte, le Cameroun arrive avec une question centrale, jamais totalement réglée : celle de la clarté interne.
Clarté du commandement.
Clarté du projet de jeu.
Clarté dans la gestion du vestiaire et des décisions périphériques.

Car à la CAN, les fissures invisibles deviennent des brèches. Une équipe confuse hors du terrain finit toujours par l’être sur la pelouse. Le talent ne suffit pas. L’histoire non plus. Et les querelles annexes coûtent toujours plus cher que prévu.
Le Maroc a planté le décor.
Les premiers matchs ont fait tomber les illusions.
Au Cameroun désormais de répondre à la seule question qui compte : vient-il pour se raconter ou pour s’imposer ?
À la CAN, le miroir ne ment jamais.

Mireille Ngosso

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