La Coupe d’Afrique des Nations n’est jamais un simple tournoi. Elle est un révélateur brutal des états-majors, une épreuve de vérité pour des nations où le football demeure l’un des derniers langages communs. En ce sens, la deuxième journée de la CAN 2025, organisée au Maroc, a déjà livré un enseignement sévère : le prestige ne protège plus, et l’histoire, si glorieuse soit-elle, ne saurait suppléer les défaillances du présent.
Les résultats enregistrés l’attestent. La RD Congo a vaincu le Bénin (1–0) avec sérieux ; le Sénégal a écrasé le Botswana (3–0) avec autorité ; la Tunisie et le Nigeria ont, chacun à leur manière, confirmé que la continuité institutionnelle reste un avantage compétitif décisif. Ces équipes ne brillent pas seulement par leur talent : elles bénéficient d’une relative stabilité, condition minimale de toute ambition durable.
À l’inverse, l’entrée en lice du Cameroun face au Gabon agit comme un test grandeur nature des dérives qui minent certaines grandes nations du football africain. Quintuple vainqueur de la CAN, le Cameroun arrive lesté d’un passé glorieux, mais fragilisé par un présent erratique. Changement de sélectionneur à la veille de la compétition, préparation précipitée, désistement de cadres majeurs dont Jean-Charles Castelletto . Autant de symptômes d’une gouvernance sportive défaillante, où l’improvisation semble avoir supplanté la stratégie.
Ce match inaugural dépasse donc le cadre sportif. Il interroge la capacité d’une institution à se réformer sous la contrainte, à préserver l’unité du groupe quand l’autorité se fragmente, et à faire primer le projet collectif sur les luttes d’influence. Face à un Gabon imprévisible, libéré de toute pression historique, le Cameroun joue bien plus qu’un résultat : il engage sa crédibilité morale et son rapport à l’exigence.
La CAN 2025 rappelle ainsi une vérité souvent éludée : en Afrique comme ailleurs, le football moderne ne pardonne ni l’amateurisme institutionnel ni l’arrogance mémorielle. Les titres passés honorent, mais ils n’exemptent pas. Seules les nations capables d’ordonner leur pouvoir, de respecter leurs joueurs et de penser le long terme peuvent espérer durer.
Le reste n’est que nostalgie.
Mireille Ngosso
