Malgré les promesses et un calendrier toujours repoussé, le régime de Paul Biya échoue à sortir le pays de la liste noire européenne des paradis du crime financier. Une stigmatisation lourde de conséquences pour l’économie et la réputation nationale.

Yaoundé, 19 janvier 2026 – Alors que plusieurs nations africaines, dont le Nigeria et l’Afrique du Sud, viennent de sortir la tête haute de la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme établie par l’Union européenne, le Cameroun, lui, y croupit toujours. Cette liste, un pilori financier moderne, dresse un constat accablant : sous le long règne de Paul Biya, le système camerounais reste une passoire stratégique, une brèche dans laquelle prospèrent les capitaux criminels et les flux obscurs menaçant la sécurité internationale.

Les faits sont têtus et les textes officiels de Bruxelles, impitoyables. Par les règlements délégués (UE) 2026/46 et 2026/83 de décembre 2025, la Commission européenne a acté les progrès tangibles de plusieurs pays et les a retirés de la liste. Le Cameroun, lui, est maintenu. Une décision qui n’est pas un simple avertissement bureaucratique, mais le sceau d’un échec structurel. Elle repose sur des « carences stratégiques persistantes » dans le régime national, des failles béantes identifiées en lien direct avec les normes du Groupe d’action financière (GAFI). En clair, les mécanismes de contrôle, de surveillance et de répression du crime financier camerounais sont jugés, après des années d’avertissements, gravement défaillants.

Cette rétention sur la « liste grise » du GAFI et son corollaire européen n’est pas une anomalie, mais le symptôme d’un mal plus profond. Elle révèle un système où l’opacité semble être la règle, et la diligence, l’exception. Comment expliquer que des géants économiques du continent aient réussi à mener les réformes nécessaires en un temps record, tandis que le Cameroun, engagé depuis 2023, piétine encore ? Les autorités de Yaoundé brandissent un plan d’action et des « progrès notables », notamment sur les bénéficiaires effectifs – ces véritables propriétaires cachés derrière les sociétés-écrans. Mais le GAFI, gardien intransigeant de la probité financière mondiale, a tranché : c’est insuffisant.

Une économie asphyxiée par la défiance

Les conséquences de ce statut paria sont lourdes et immédiates. Pour les entreprises camerounaises et leurs partenaires européens, chaque transaction devient un parcours du combattant. Due diligence renforcée, contrôles systématiques, coûts exorbitants, refus bancaires : la défiance s’installe comme une chape de plomb sur l’économie nationale. L’investissement étranger direct, vital pour un pays en quête d’émergence, fuit un environnement ainsi marqué du sceau infamant du risque financier. Qui voudrait, en toute lucidité, ancrer ses capitaux dans un système jugé perméable aux activités criminelles ?

Pire encore, ce classement entache durablement la réputation internationale du Cameroun. Il projette l’image d’un État incapable ou peu désireux de se conformer aux standards les plus élémentaires de la transparence financière. Dans un contexte mondial de lutte acharnée contre le terrorisme et la grande criminalité, cette incapacité à verrouiller son système financier est perçue, à juste titre, comme une menace non seulement pour la stabilité interne, mais aussi pour la sécurité régionale et européenne. Le Cameroun devient, malgré lui, un maillon faible dans une chaîne de sécurité que la communauté internationale tente de renforcer.

Les promesses en berne face à l’exigence d’action

Face à ce constat sévère, le gouvernement camerounais répète son « engagement » et affiche l’objectif d’une sortie de liste en 2026. Mais le temps des mots est révolu. L’Union européenne et le GAFI n’attendent pas des serments, mais des actes concrets, mesurables et durables. La balle est désormais dans le camp des autorités de Yaoundé. Il leur faut démontrer, par des réformes législatives courageuses, un renforcement sans faille des capacités des organes de contrôle, et des poursuites judiciaires exemplaires contre les réseaux de blanchiment, que la tolérance zéro n’est pas un vœu pieux.

La persistance du Cameroun sur cette liste est plus qu’une sanction technique. C’est un révélateur cruel des défaillances de gouvernance qui minent le pays depuis des décennies. Elle montre un État en retard dans la course à la crédibilité, accroché à des pratiques d’un autre âge dans un monde financier globalisé qui exige de la clarté et de la rigueur. Sortir de cette liste grise ne sera pas qu’une formalité administrative ; ce sera, pour le régime de Paul Biya, la preuve ultime – ou l’aveu définitif – de sa capacité à se réformer vraiment, pour le bien de son peuple et le respect de ses partenaires. L’heure n’est plus aux excuses, mais à l’action. Le monde regarde et la patience s’épuise.

Emmanuel Ekouli

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *