Le président de la Fécafoot, Samuel Eto’o, réagit pour la première fois aux questions sur les arriérés de salaire de l’ex-sélectionneur national, Marc Brys, renvoyé en décembre dernier après seulement moins de 2 ans de contrat mouvementé.
Yaoundé, Cameroun – La passation épineuse entre la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) et le ministère des Sports concernant le dossier de l’ex-sélectionneur des Lions Indomptables, Marc Brys, connaît un nouvel épisode. Interpellé sur la polémique concernant les possibles arriérés de salaire dus à l’entraîneur belge, limogé en décembre 2025, le président de la Fécafoot, Samuel Eto’o, a adopté une position de retrait, rejetant la responsabilité du paiement sur « l’employeur ».
« Je ne suis pas son employeur. Si son employeur décide de continuer à le payer, je n’ai rien à dire là-dessus », a déclaré l’ancienne star du football, visiblement soucieux de clarifier les lignes de responsabilité. Cette déclaration lapidaire, faite en marge d’un événement sportif, relance le débat sur l’imbroglio contractuel qui a entouré la nomination et le limogeage express de Marc Brys.
Rappel des faits : en avril 2024, contre l’avis de la Fécafoot, le ministère des Sports, dirigé alors par Narcisse Mouelle Kombi, a imposé la nomination de Marc Brys au poste de sélectionneur. Une décision qui a immédiatement créé une crise ouverte entre les deux institutions, Eto’o contestant publiquement la légitimité de ce choix. La collaboration, marquée par des tensions palpables et une communication conflictuelle, a pris fin abruptement début juillet avec le renvoi de Brys, remplacé par un duo d’entraîneurs locaux. Depuis, la question du règlement financier de son préavis ou de son indemnité, stipulés dans son contrat de deux ans signé avec l’État, reste en suspens et alimente les spéculations.
En pointant du doigt « l’employeur », Samuel Eto’o fait évidemment référence à l’État camerounais, par le biais du ministère des Sports. Selon des sources proches du dossier, le contrat de Brys était bien géré et financé par les fonds publics, la Fécafoot ayant été mise à l’écart du processus de nomination. La position d’Eto’o semble donc techniquement fondée sur la lettre du contrat, mais elle illustre le profond malaise et la dualité de pouvoir qui ont paralysé le football camerounais pendant plusieurs mois.
Au-delà de l’aspect purement juridique, le ton du président fédéral est révélateur. Il a rapidement pivoté du cas spécifique de Brys vers une défense plus large de l’action de son comité exécutif. « Nous sommes la Fédération, nous avons pris nos responsabilités, et la majorité des Camerounais se reconnaissent dans ce que nous avons fait. C’est le plus important », a-t-il ajouté.
Cette phrase sonne comme un plaidoyer final sur cette séquence chaotique. Pour Eto’o, l’essentiel n’est pas le sort contractuel d’un entraîneur imposé, mais le fait d’avoir résisté à ce qu’il percevait comme une ingérence et d’avoir, in fine, retrouvé la main sur la direction technique des Lions. Il capitalise sur le soutien d’une partie de l’opinion publique et des médias qui voyaient en Brys un « étranger » imposé, et valide rétrospectivement la crise comme un mal nécessaire pour réaffirmer l’autorité de la Fécafoot.
Cependant, cette sortie laisse plusieurs questions en plan. Qui, précisément, doit solder les comptes avec Marc Brys ? Le ministère, dont le ministre a depuis pris acte du limogeage de Marc Brys ? La nouvelle direction des Sports parviendra-t-elle à apurer cette dette sans heurts supplémentaires ? L’épisode laisse surtout un sentiment d’improvisation et de conflit d’égos dont les conséquences pratiques, comme des litiges juridiques potentiels, pourraient encore ressurgir.
En définitive, Samuel Eto’o, par sa réponse, a moins cherché à résoudre le problème de salaire de Brys qu’à enterrer symboliquement un chapitre de discorde. Il clôt le dossier sur le plan communicationnel en le renvoyant vers l’instance qu’il a toujours tenue pour responsable du fiasco. Une manière de tourner la page, même si la note financière, elle, reste peut-être encore à régler par d’autres. L’affaire Brys, de sa nomination explosive à son licenciement et ses séquelles, restera comme le symptôme des luttes d’influence qui continuent de hanter le football camerounais.
Emmanuel Ekouli
