Douala – Depuis plusieurs jours, un vent de panique s’est emparé des usagers de l’axe lourd Douala-Yaoundé. Aux abords du pont franchissant la Dibamba, situé à l’entrée de la capitale économique, les témoignages se multiplient : en traversant l’ouvrage, de nombreux automobilistes et conducteurs de poids lourds affirment ressentir d’étranges vibrations. Sur les réseaux sociaux, les vidéos et les messages alarmistes se propagent, évoquant un risque potentiel d’effondrement de cette infrastructure stratégique.
Face à cette psychose grandissante, le ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, a finalement brisé le silence. Lors d’une visite technique effectuée sur site, le membre du gouvernement a reconnu la réalité du phénomène. « Il est exact que des vibrations sont ressenties. Nos équipes techniques les ont constatées et les analysent », a-t-il déclaré, tout en s’efforçant de calmer les esprits. Selon lui, des mesures palliatives ont d’ores et déjà été prises pour garantir la sécurité des usagers, sans pour autant détailler immédiatement la nature de ces travaux de confortement.

Un appel au respect de la charge
Le ministre a profité de cette mise au point pour lancer un appel solennel aux transporteurs routiers, et particulièrement aux chauffeurs de camions. Il leur a intimé l’ordre de respecter scrupuleusement la limitation de charge requise sur cet axe. « Les poids lourds en surcharge sont un facteur aggravant pour la fatigue des matériaux », a-t-il insisté, rappelant que le non-respect des normes endommage prématurément le revêtement et la structure même des ponts.
Mais au-delà des injonctions gouvernementales, le contexte local alimente les craintes des experts et de la société civile. Le pont sur la Dibamba, qui supporte quotidiennement un flux intense de véhicules reliant Douala à Yaoundé, est en effet fragilisé par un phénomène inquiétant en aval : l’exploitation anarchique et sauvage du sable.
Sous les piliers de l’ouvrage, des barges et des particuliers puisent sans contrôle le lit du fleuve. Cette extraction intensive a pour conséquence directe d’éroder les berges et de déstabiliser les fondations des piles du pont. Les spécialistes en génie civil le savent bien : un affouillement trop important autour des bases peut entraîner un déséquilibre structurel majeur. Pourtant, malgré l’interdiction théorique de cette pratique, le commerce du sable prospère dans une relative impunité.
L’entretien des infrastructures en question
Ce nouvel épisode met en lumière un problème chronique au Cameroun : l’entretien régulier des infrastructures routières. Bien que l’axe Douala-Yaoundé soit une artère vitale pour l’économie nationale, sa maintenance reste souvent réactive plutôt que préventive. Les nids-de-poule, les glissements de terrain et la dégradation des chaussées sont monnaie courante. Si le ministre se veut rassurant quant à la stabilité actuelle du pont, affirmant que les vibrations relevées ne remettent pas en cause sa tenue, les usagers, eux, restent sur le qui-vive.
En attendant des investigations plus poussées et des travaux de sécurisation durable, chaque passage sur le pont de la Dibamba est désormais vécu comme une épreuve par les populations. L’équation est complexe pour les autorités : rassurer l’opinion, lutter contre les extractions illégales de sable, et contraindre les transporteurs au respect des charges, tout en maintenant fonctionnel un pont essentiel au désenclavement du pays.
Ghislaine Kouatchoua
