La mort est inéluctable parce que c’est le chemin de chacun de nous. Cependant, lorsqu’on apprend de manière inattendue qu’une personne très chère est passée de vie à trépas comme c’est le cas de mon ami, confrère et frère Samy Zato, la disparition provoque non seulement un immense choc et chagrin mais aussi une douleur profonde.
Samy Zato et la passion pour le journalisme
Ma première rencontre avec Samy Zato remonte avant 1997, année pendant laquelle j’avais commencé mes premières piges dans les journaux, notamment au journal catholique l’Effort Camerounais au début de ma vingtaine. En effet, Samy Zato était déjà à son jeune âge à New-Bell, un brillant commentateur sportif reconnu et constamment sollicité pendant les championnats de vacances sur plusieurs terrains de football de la municipalité de Douala IIème.
J’appréciais particulièrement son timbre vocal lorsqu’il prenait le micro parce qu’il avait une
capacité extraordinaire à décrire les actions sur le terrain pendant un match et une facilité d’expression. On pouvait déjà imaginer à cette époque qu’il deviendrait certainement un journaliste sportif talentueux et un chevalier de la plume et du micro réputé dans le futur.
Notre confrère Samy Zato était un vrai passionné de journalisme. Il avait vite compris que le
journalisme n’est pas seulement une affaire de tête bien pleine mais aussi de tête bien faite, de
passion, rigueur, curiosité, créativité et d’amour, ensuite, le talent, le regard, la compétence et l’effort font la différence. Samy Zato avait toujours le souci permanent de se former pour donner satisfaction aux lectrices et lecteurs de ses articles de journaux. En effet, Samy Zato savait essentiellement qu’informer, c’est donner au public des éléments factuels, vérifiés et
toujours actualisés sur un évènement pour lui permettre de comprendre, savoir et de se faire
une opinion.
Par ailleurs, Samy Zato avait pris conscience beaucoup plus tôt qu’à défaut d’apprendre le journalisme pour l’exercer, on pouvait l’exercer pour l’apprendre et il y avait déjà avant son époque des journalistes célèbres, notamment le journaliste autodidacte Pius Njawe, fondateur du journal Le Messager. Notre confrère Samy Zato de regretté mémoire avait aussi un souci permanent de se cultiver et l’humilité d’apprendre aussi auprès de celles et ceux qui pouvaient lui donner de précieux conseils pour faire un bon reportage ou écrire un article captivant à chaque fois. Samy Zato était si humble dans sa vie personnelle et professionnelle au quotidien. C’était une personne extrêmement attachante avec un sourire contagieux, un rire désarmant et un humour fin. Il n’était pas du tout accroché aux biens matériels de ce monde et c’est cela aussi qui faisait de Samy Zato un homme exceptionnel et remarquable. Le célèbre polymathe français Blaise Pascal affirmait que la grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connait misérable.
Notre confrère Samy Zato n’avait pas le souci de laisser une fortune dans ce monde ou dormir dans une résidence luxueuse. C’est pourquoi, malgré les obstacles et les embûches de la vie quotidienne, il tenait malgré tout à défendre deux choses essentielles dans sa vie personnelle et professionnelle au quotidien à savoir son nom et son image. C’est aussi la raison pour laquelle chacun de nous s’est mobilisé notamment ses consœurs et confrères au pays et au sein de la diaspora pour pleurer ce grand homme d’une simplicité légendaire. La contribution significative de la grande famille de la presse pour lui rendre un vibrant hommage est un indicateur fiable que notre confrère Samy Zato était un grand homme et un journaliste apprécié par tous.
Samy Zato, le New-Bellois fier de sa newbellité et newbellitude
Samy Zato était aussi profondément attaché à la cité populaire de New-Bell où il a passé pratiquement toute sa vie jusqu’à ses derniers jours. Il est important de préciser que New-Bell qui est un laboratoire à ciel ouvert de la construction de l’unité nationale a été fondée le 15 janvier 1913 grâce à la politique d’expropriation des terres instituée par le 6ème gouverneur allemand du Kamerun Carl Ebermaier avec l’appui du ministre allemand des colonies Von Solf.
Notre confrère Samy Zato était fier de sa newbellité et de sa newbellitude. C’était un défenseur acharné de New-Bell partout où il pouvait se trouver. Il avait le souci constant de vendre l’image positive de New-Bell c’est pourquoi il n’hésitait pas un seul instant à écrire des articles au sujet de New-Bell ou de la municipalité de Douala IIème sans rien attendre en retour.
New-Bellois comme Samy Zato, nous habitions non loin de l’autre. Je vivais à New-Bell au quartier Bangangté où se trouve le domicile familial alors que Samy habitait au quartier Bana à 5 minutes de marche de chez moi. Je voyais donc Samy assez souvent en dehors de nos activités journalistiques. Samy se réjouissait toujours de savoir que l’un d’entre nous a réussi sur le plan professionnel par exemple. Je me souviens de l’immense joie de Samy à mon retour au Bénin en 2006 où j’avais effectué mon premier voyage à l’étranger pour faire des reportages notamment pour l’élection présidentielle remportée par le président Yayi Boni.
Un an plus tard, soit en 2007, je me souviens encore du sentiment d’allégresse de Samy lorsqu’il avait appris que mes reportages réalisés au Bénin m’avait permis d’obtenir le Prix international d’excellence en journalisme de l’Union Catholique Internationale de la Presse(UCIP) de Genève en Suisse. Dans la foulée, je devais aller recevoir mon prix lors du congrès mondial de l’UCIP au Canada en début juin 2007. Samy était heureux de savoir que son confrère, ami et frère de New-Bell avait réussi un exploit et c’était sa fierté également. Je me souviens aussi de notre dernière rencontre en novembre 2024 lorsqu’il est venait me soutenir pour les obsèques de maman qui aimait beaucoup Samy.
Samy Zato, le journaliste modeste aux grandes qualités humaines
Je suis envahi par l’émotion de savoir que je ne pourrai plus revoir Samy alors que je pensais déjà qu’on se reverrait cette année pour passer encore de bons moments ensemble.
Samy était le seul journaliste parmi mes confrères qui pouvait cogner à ma porte à l’époque et prendre place sur une chaise dans ma modeste chambre de New-Bell autant que je pouvais faire de même lorsque j’allais lui rendre visite. C’est pour dire à juste titre mes profonds liens avec Samy.
Mon confrère avait des qualités humaines hors du commun. J’aurais souhaité au plus profond de mon être intérieur porter une assistance financière à Samy pour ses soins à l’hôpital pour être encore aujourd’hui au milieu de nous et non de participer pour ses obsèques. J’avoue que cela me brise vraiment le cœur comme toutes ses consœurs et confrères au pays et au sein de la diaspora. J’observe à quel point notre confrère Samy Zato était aimé par tous les journalistes peu importe l’origine ethnique des uns et des autres. Ils déploient d’énormes efforts depuis
l’annonce de son décès inattendu pour accompagner dignement Samy pour un repos éternel auprès de Dieu. J’en tire une leçon majeure et formule un vœu pour l’unité du Cameroun.
Je formule le vœu que le Cameroun bâtisse son rayonnement culturel, sa prospérité économique, sa paix sociale, son développement durable et humain intégral par ou avec des Camerounais ouverts à la différence, sensibles à la diversité et au respect mutuel de l’héritage historique et culturel du Cameroun mais aussi poreux par l’apport remarquable des Camerounais du pays et de la diaspora sans oublier aussi de tous les souffles du monde. C’est bien cela, me semble-t-il, l’épine dorsale de la grande nation du Cameroun dans ce 21ème siècle. Cela peut paraître utopique, irréalisable voire fantasmagorique. Mais, il suffit d’une prise de conscience individuelle et collective des uns et des autres pour faire un saut qualitatif vers le progrès et la modernité. C’est ainsi seulement qu’il sera possible de construire une société prospère où il fera bon vivre à tous.
Enfin, le nom du confrère Samy Zato vivra toujours pour longtemps parmi nous. Son nom sera peut-être associé dans quelques années, s’il plaît à Dieu, à un Prix de Journalisme pour
encourager les étudiants en journalisme ou de jeunes journalistes à avoir la même passion du journalisme et les qualités humaines nécessaires pour se faire remarquer positivement au sein de la profession et du grand public. Bravo très cher Samy Zato pour tout le bonheur que tu as pu donner autour de toi. Que la terre de nos ancêtres te soit légère.
Paris, le 25 mars 2026
Ferdinand MAYEGA
Ami, confrère et frère New-Bellois
Journaliste-essayiste-Développeur Web et chercheur
Spécialiste de la diaspora africaine
