Faute d’accord entre la FIFA et Washington, 30 des 48 fédérations qualifiées pour la Coupe du monde devront s’acquitter de l’impôt aux États-Unis en plus de celui de leur pays. Une exception française vient rappeler que le football aussi a ses privilégiés. Quant aux joueurs, ils sont tous logés à la même enseigne : double imposition garantie.
Les États-Unis, vitrine du libéralisme économique, accueillent la plus grande Coupe du monde de l’histoire (48 équipes, du 11 juin au 19 juillet 2026). Mais à deux mois du coup d’envoi, un couac fiscal de taille assombrit le tableau. La FIFA n’a pas réussi à obtenir du gouvernement américain une exonération générale des taxes sur les primes versées aux fédérations, comme cela avait été le cas au Qatar en 2022. Résultat : 30 nations sur 48 paieront l’impôt sur leurs gains… deux fois.
Des montants records, des taxes alourdies
L’enveloppe globale allouée par l’instance atteint 727 millions de dollars (620 M€), dont 655 M€ de primes directes aux fédérations. Le vainqueur empochera 50 M$ (42,6 M€), le finaliste 33 M$ (28,1 M€), et même les éliminés dès le premier tour repartent avec 9 M$ (7,7 M€). Mais ces jackpots risquent de fondre au contact du fisc américain : le taux fédéral sur les sociétés est de 21 %, et celui sur les revenus des joueurs et entraîneurs peut atteindre 37 % dans la tranche haute.
La France et 17 pays protégés…
Paradis fiscal ou simple bonne fortune diplomatique ? Grâce à des conventions de double imposition (DTA) signées avec les États-Unis, 18 pays sont exemptés de la taxe fédérale sur les primes perçues par leur fédération. La France fait partie de ce cercle privilégié, tout comme l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne ou l’Italie. Hors d’Europe, seules l’Australie, l’Égypte, le Maroc, l’Afrique du Sud, ainsi que les co‑organisateurs Canada et Mexico bénéficient du même traitement.
… mais les joueurs tricolores pas épargnés
Attention, l’exemption ne s’applique qu’aux fédérations et à leurs staffs. Ainsi, Didier Deschamps et la FFF ne paieront que l’impôt en France. En revanche, Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et tous leurs coéquipiers devront s’acquitter de l’impôt aux États-Unis en plus de celui perçu en France – comme tous les autres footballeurs participants, quelle que soit leur nationalité.
Un Mondial à deux vitesses
« Les petites fédérations, pour qui cette manne financière changerait tout, vont être pénalisées par d’énormes factures fiscales américaines », déplore Oriana Morrison, conseillère fiscale citée par le Guardian. Des débutants comme Curaçao ou Cap‑Vert risquent ainsi de payer plus d’impôts que l’Angleterre ou la France. Pour aggraver le tableau, le budget opérationnel alloué par la FIFA à chaque équipe est resté fixe à 1,5 M$, alors que les frais de séjour aux États-Unis ont explosé et que l’indemnité quotidienne par personne est passée de 850 $ à 600 $.
Un « prix de la paix » pour Trump, mais pas d’accord fiscal
Le paradoxe est saisissant : le 5 décembre 2025, lors du tirage au sort à Washington, la FIFA a créé et décerné à Donald Trump son premier « Prix de la paix de la FIFA », une récompense controversée largement perçue comme une consolation après que le président américain a manqué le prix Nobel. Gianni Infantino, président de la FIFA et ami affiché de Trump, n’a pourtant pas réussi à arracher une exemption fiscale globale. Ironie du sort : la FIFA elle‑même jouit de l’exonération d’impôt aux États-Unis depuis le Mondial 1994, mais ce privilège ne profite pas à ses membres.
Alors que les 48 sélections finalisent leur préparation, cette double imposition crée un Mondial à deux vitesses : d’un côté, les fédérations riches ou bien connectées qui ne paieront qu’un impôt ; de l’autre, les plus modestes, qui verront leurs rêves de développement amputés par l’administration Trump.
Emmanuel Ekouli
