Le 2 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en sixième Congrès a ouvert l’examen d’un texte fondateur. Le projet de loi constitutionnelle portant création d’un poste de vice-président de la République marque une rupture dans l’histoire institutionnelle du pays. Une réforme que je salue comme une avancée nécessaire pour la solidité de l’État camerounais.
Il y a des moments dans la vie d’une nation où l’histoire décide de s’écrire franchement, sans faux-fuyants. Le 2 avril 2026 est l’un de ces moments. Réunis au Palais des verres de Ngoa Ekelle à Yaoundé, les parlementaires camerounais ont entamé l’examen du projet de loi numéro 2094 portant modification de la Constitution du 18 janvier 1996. Au cœur de ce texte se trouve une mesure inédite depuis l’indépendance du pays en 1960, la création d’un poste de vice-président de la République.
Cette réforme, le président Paul Biya l’avait lui-même annoncée lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, au lendemain de sa réélection pour un huitième mandat. Il avait alors promis de soumettre au Parlement des réformes destinées à assurer un fonctionnement plus efficace des institutions. La parole donnée est aujourd’hui tenue. C’est une promesse républicaine honorée devant le peuple camerounais.
Je suis de celles qui estiment que la force d’un État se mesure aussi à la clarté de ses mécanismes de continuité. Pendant des décennies, la Constitution camerounaise confiait l’intérim présidentiel au président du Sénat en cas de vacance du pouvoir. Ce dispositif, fruit de son époque, présentait des fragilités évidentes dans un contexte géopolitique de plus en plus exigeant. La création d’un vice-président vient consolider cette architecture en lui donnant un cadre solide et lisible.
Un texte qui modernise l’architecture du pouvoir
Le projet de loi modifie six articles de la loi fondamentale. Les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 sont révisés afin de définir avec précision le statut, les attributions et les responsabilités du futur vice-président. Selon le texte soumis au Congrès, le vice-président sera nommé par le président de la République, qui lui délèguera les fonctions qu’il juge appropriées et pourra mettre fin à ses fonctions à tout moment. En cas de vacance définitive du pouvoir, c’est lui qui achèvera le mandat présidentiel en cours.
Ce choix institutionnel n’est pas sans précédents en Afrique. La Côte d’Ivoire a opté pour un modèle similaire, où le vice-président est désigné par le chef de l’État et non élu en tandem avec lui. Cette option, adaptée aux réalités du régime présidentiel camerounais, a le mérite de la cohérence. Elle confère également une souplesse nécessaire dans la gestion des affaires de l’État, en permettant au président de la République de s’appuyer sur un second au profil qu’il aura lui-même choisi pour répondre aux enjeux du moment.
En tant que militante du Rassemblement démocratique du peuple camerounais et femme de lettre profondément attachée à l’avenir de mon pays, j’observe cette réforme avec la conviction qu’elle était indispensable. Le Cameroun n’est pas un pays figé. C’est une nation en mouvement, portée par des hommes et des femmes qui croient en ses institutions. Adapter ces institutions à la complexité du monde contemporain n’est pas une faiblesse, c’est une preuve de maturité politique.
Un signal fort pour la stabilité et l’avenir
La commission spéciale mixte chargée d’examiner le texte a été constituée dès l’ouverture du Congrès, sous la présidence du député Hilarion Etong. Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, a défendu le projet devant la plénière. Le texte a été adopté le vendredi 4 avril 2026, témoignant d’une volonté politique claire, celle d’agir vite pour renforcer les fondements de l’État.
Pour le Cameroun, cette réforme est aussi un signal adressé à la communauté internationale et aux partenaires économiques du pays. Un État qui dispose d’une chaîne de commandement claire, d’un mécanisme de succession institutionnellement balisé, inspire confiance. Il inspire confiance aux investisseurs qui hésitent à s’engager dans des environnements perçus comme imprévisibles. Il inspire confiance aux organisations régionales et internationales qui cherchent des partenaires stables sur le continent africain.
Je pense souvent à la jeunesse camerounaise, à ces millions de femmes et d’hommes qui construisent leur avenir dans ce pays ou depuis la diaspora, comme c’est mon cas depuis la Suisse. Cette jeunesse mérite un État robuste, dont les rouages fonctionnent sans heurts, dont les transitions se font dans l’ordre et la sérénité. La création du poste de vice-président est une réponse concrète à cette attente. Ce n’est pas une réponse à tout, mais c’est une réponse juste.
L’histoire jugera toujours les nations à l’aune de leur capacité à se réformer sans se trahir. Le Cameroun a choisi de se réformer. Il l’a fait dans le cadre de ses institutions, avec la légitimité de son Parlement, dans le respect de son processus constitutionnel. C’est cela, la force d’un peuple qui sait où il va. En tant que Camerounaise fière de ses racines et de sa nation, je ne pouvais que saluer cette étape avec conviction et espoir.
Marthe Cécile Micca
