Alors qu’Elecam annonce pompeusement une « campagne de communication digitale » de dix jours à partir du 22 avril 2026, les Camerounais habitués aux simagrées électorales savent déjà ce que cache ce vernis de modernité : une énième tentative de blanchir un fichier électoral truqué, au seul profit du parti au pouvoir.

L’institution dirigée par Dr Enow Abrams Egbe, fidèle parmi les fidèles de Paul Biya, ose parler « d’intégrité » et « d’épurement ». Un comble. Derrière les mots rassurants – encouragement aux inscriptions, changement de bureaux, vérification en ligne – se tapit la même réalité cauchemardesque : Elecam n’a jamais été l’arbitre impartial qu’elle prétend incarner. Elle est le greffier docile d’une fraude électorale organisée, le couteau suisse du RDPC pour verrouiller les scrutins.

Prenons les faits. Cette « révolution numérique » ne trompe personne. Pendant que le communiqué promet de « radier les doublons et les décédés », qui peut croire qu’Elecam va soudainement s’attaquer aux centaines de milliers de morts qui votent encore dans les fiefs du régime ? Au contraire : la campagne de communication sert de paravent pour noyer le poisson, pendant que les opérateurs du RDPC, sous couvert de « lutte contre la désinformation », intimideront ceux qui oseraient dénoncer les bourrages d’urnes.

L’histoire récente est éloquente. En 2018, les listes d’Elecam comptaient plus de 800 000 électeurs fictifs. En 2020, des témoignages accablants de chefs de centre ont révélé que l’on pouvait voter avec une carte d’identité périmée, sans vérification biométrique. Le « fichier épuré » d’Elecam a toujours été une blague macabre. Et voilà qu’on nous ressert la même rengaine en 2026 ? Non, monsieur Egbe, la mémoire des Camerounais n’est pas une carte mémoire que l’on formate à volonté.

La date butoir du 31 août 2026 est elle-même un leurre. En fixant la révision des listes en pleine saison des pluies, dans des régions où l’accès à Internet reste un luxe, Elecam sait pertinemment que les populations rurales et les opposants n’auront ni les moyens, ni l’information pour se manifester. Pendant ce temps, les « facilitateurs » du RDPC, munis d’ordinateurs portables dans les sous-préfectures complices, inscriront en boucle des citoyens fantômes. La vérification en ligne ? Un mirage. Qui garantit que les serveurs d’Elecam ne sont pas ouverts en libre-service pour les militants du parti au pouvoir ?

On ne peut pas louper le véritable objectif de cette « campagne digitale » : créer l’illusion de la transparence pour mieux asseoir l’opacité. Elecam communique beaucoup parce qu’elle n’agit pas. Pendant dix jours, les réseaux sociaux tourneront à plein régime avec des infographies lisses, des spots radio, des SMS « n’oubliez pas de vous inscrire ». Mais derrière l’écran, le logiciel reste le même : l’État de non-droit électoral.

Où sont les observateurs indépendants ? Où est la société civile quand Elecam refuse toujours un audit international du fichier, comme le réclament pourtant l’opposition et la société civile depuis des lustres ? La réponse est dans le silence de l’institution. Un fichier transparent ne se cacher pas derrière une campagne de com’. Il s’ouvre. Il se livre à des vérifications croisées avec l’état civil. Elecam ne le fera jamais, car le RDPC n’a aucun intérêt à laisser la lumière pénétrer dans ces bases de données qui sont le tombeau de la démocratie camerounaise.

Ainsi, à l’approche des échéances de 2026, il ne faut pas se laisser bercer par cette litanie numérique. Derrière chaque clic « je vérifie mon inscription » se cache un potentiel vol de voix. Derrière chaque « radiation de doublon » se tapit l’arbitraire. Elecam n’est pas une solution : c’est le problème. Et cette nouvelle campagne de communication en est la preuve éclatante : on n’asperge pas de numérique une institution putréfiée par la compromission politique pour la rendre saine. On la change, ou on l’abolit.

Tant que Elecam sera une courroie de transmission de la présidence de la République, aucun algorithme, aucune application, aucun « pilier essentiel » ne rendra nos élections libres. Les Camerounais sont prévenus : le 22 avril, on vous vendra du rêve en ligne. Mais dans l’isoloir, ce sera toujours le même cauchemar RDPC.

Emmanuel Ekouli

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