Yaoundé – Le verdict est tombé comme une semonce : avec une nouvelle perte de deux places, le Cameroun de Paul Biya dégringole à la 133e position du classement mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters sans frontières (RSF), obtenant un score catastrophique de 40,88/100. Loin d’être une anomalie, cette nouvelle chute ne fait que confirmer la dérive autoritaire persistante d’un régime qui, depuis bientôt un demi-siècle, fait de l’étouffement médiatique une marque de fabrique.

Riche d’un paysage théoriquement dense (600 journaux, 200 radios), le pays s’est mué en l’un des cimetières les plus dangereux du continent pour la profession. Les indicateurs de RSF sont sans appel : répression sécuritaire (157e), clientélisme économique (152e) et dictature politique (120e) se conjuguent pour réduire au silence toute voix discordante.

Le poison de l’autocensure

Dans ce système où le chef de l’État nomme par décret tous les responsables des médias publics et les membres du gendarme médiatique (CNC), toute ligne éditoriale critique expose son auteur à des menaces, procès-bâillons et violences physiques. Résultat : une autocensure généralisée et une presse réduite à la portion congrue du discours officiel.

L’assassinat en 2023 du journaliste Martinez Zogo, enlevé et torturé, demeure le symbole le plus sanglant de cette impunité mortifère. Les autorités opposent toujours à sa famille et aux enquêteurs la même fin de non-recevoir. Autre visage de la répression : l’ancien patron de la CRTV, Amadou Vamoulké, croupit en prison depuis neuf ans sous des accusations de détournement que RSF juge infondées.

Le grand silence de Paul Biya

La réélection du nonagénaire en 2025, pour un huitième mandat, n’a rien changé. Malgré ses promesses électorales de campagne, les mesures annoncées se sont évaporées, tandis que les journalistes continuent d’être pourchassés. L’absence de toute condamnation officielle du gouvernement, couplée à une communication officielle drapée dans une indifférence souveraine, ne peut que corroborer l’analyse de RSF : que ce soit par l’arsenal juridique ou la mainmise économique, le pouvoir camerounais s’est institué en prédateur systématique de l’information.

À l’heure où la communauté internationale feint parfois la surprise, ce nouveau classement de RSF révèle une vérité crue : au Cameroun, la liberté de la presse n’est pas sous perfusion. Elle est cliniquement morte, et le régime est le fossoyeur attitré.

Emmanuel Ekouli

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