Bafoussam, 25 avril – Sous un soleil généreux, la 26ᵉ édition des Jeux FENASSCO Ligue « A » a livré ce samedi une tout autre compétition, aussi silencieuse que décisive. Sur les pelouses des lycées de Bafoussam et Bangangté, c’est une armée de jeunes en tenue sportive qui, au lieu de sprinter ou de sauter, a manié la pelle et la pioche. L’opération « Un athlète, un arbre » transforme cette année la grande messe du sport scolaire camerounais en laboratoire d’engagement citoyen et écologique.
Le Ministre des Enseignements Secondaires, Pr Nalova Lyonga, a personnellement conduit cette vaste campagne de reboisement. À ses côtés, le Gouverneur de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustin, et les hauts responsables du secteur éducatif ont mis la main à la terre, symbolisant la volonté politique de faire de l’écologie une discipline non optionnelle. « Ici, nous ne célébrons pas seulement la performance physique, mais nous bâtissons des remparts vivants contre les périls naturels », a martelé le Pr Nalova Lyonga, avant de planter un jeune arbrisseau dans la cour du lycée classique de Bafoussam.
Des arbres comme gardiens des collines
L’initiative ne relève pas de la simple décoration verte. Elle répond à une urgence géographique et climatique. La région de l’Ouest, avec ses reliefs escarpés et ses fortes précipitations, est régulièrement frappée par des glissements de terrain et une érosion accélérée. En synergie avec l’Agence Nationale d’Appui au Développement Forestier (ANAFOR), le ministère entend ériger chaque établissement scolaire en « Green School » – un concept qui fusionne éducation, sport et résilience écologique.
Les jeunes athlètes, issus de dizaines d’établissements, sont devenus les premiers soldats de cette forêt scolaire. Chaque arbre planté portera théoriquement le nom de son planteur, créant un lien symbolique et durable entre la réussite sportive et la survie environnementale. « J’ai couru le 100 mètres ce matin, et cet après-midi j’ai planté mon arbre. C’est ma double médaille », confie, sourire aux lèvres, Kevine, élève au lycée de Bangangté.
Le sport scolaire, nouveau vecteur de la transition durable
Au-delà de l’acte symbolique, c’est toute une philosophie qui s’enracine. Alors que les FENASSCO ont toujours été perçues comme le tremplin des futures légendes du sport camerounais, cette 26ᵉ édition bouscule les codes. Le reboisement y est désormais érigé en discipline citoyenne à part entière. « Ce n’est pas une activité périphérique. C’est le cœur de ce que nous voulons inculquer : un athlète complet sait qu’il ne peut exceller sur une planète malade », a insisté le gouverneur Awa Fonka Augustin.
Les résultats sont déjà visibles sur le terrain : des centaines de jeunes plants – essences locales favorisant la fixation des sols – ont été mis en terre en une seule journée. Les lycées de Bafoussam et Bangangté serviront de sites pilotes, avec l’ambition d’étendre l’opération à toutes les académies de la région d’ici la fin de l’année scolaire.
Un modèle pour les générations futures
En transformant l’effort sportif en geste écologique, le gouvernement camerounais envoie un signal fort. Les FENASSCO 2025 resteront dans les mémoires non seulement pour les records battus, mais pour ces lignes d’arbres qui poussent désormais derrière les cours de récréation. « Un athlète, un arbre » ne s’arrête pas à la compétition : c’est un legs aux générations futures, un contrat signé entre la jeunesse et la terre.
Alors que le coup d’envoi officiel des épreuves sportives a retenti plus tôt dans la semaine, l’ombre fraîche des jeunes pousses – encore frêles – offre déjà un répit symbolique. Et si, demain, tous les podiums des FENASSCO avaient une troisième marche : celle de l’arbre planté ? La région de l’Ouest vient d’écrire une nouvelle règle du jeu.
Yimga Senga Paule Sandra
