Yaoundé, le 2 juin 2026 – La vidéo, d’une durée de moins d’une minute, a suffi à semer la panique dans plusieurs quartiers de la capitale camerounaise. Diffusée sur TikTok puis massivement relayée sur WhatsApp et Instagram, on y voit un groupe de jeunes, cagoulés pour certains, brandissant des machettes et des bâtons, proférant des menaces explicites à l’encontre des « paisibles citoyens » des quartiers Mvan et Nkolbisson. « Vous n’êtes plus en sécurité », lance l’un d’eux, tandis qu’un autre mime des gestes de braquage. « On a la force, on n’a peur de rien », renchérit un troisième, sous les rires complices des complices.
Ce mardi 2 juin 2026, la Gendarmerie nationale a annoncé avoir interpellé trois des protagonistes de cette vidéo devenue virale. Les faits remontent à la semaine dernière : alertée par de nombreuses dénonciations de riverains excédés, la Brigade de gendarmerie de Nkolbisson a immédiatement ouvert une enquête. L’adjudant-chef-major Otabela Nke Merlin, commandant l’unité, a lui-même supervisé les investigations, sur instruction directe de la hiérarchie.
Selon des sources proches du dossier, les suspects, âgés de 16 à 19 ans, ont été localisés et arrêtés le lundi 1er juin 2026, au terme d’une opération discrète menée en fin d’après-midi. Issus de familles modestes des environs de Mvan et d’Etoug-Ebe, ils sont connus des services de sécurité pour des faits de menus larcins, mais c’est la première fois qu’ils sont interpellés pour apologie de violence par voie numérique.
« Ces adolescents ne se contentaient pas de fanfaronner sur les réseaux sociaux. Nos investigations préliminaires révèlent qu’ils sont impliqués dans une série d’agressions, de vols à l’arraché, et même de trafic de drogue à petite échelle – notamment de cannabis et de substances psychotropes de type “tramol” et “béni” », a confié un enquêteur sous couvert d’anonymat.
L’enquête, désormais confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Mfoundi, cherche à déterminer l’ampleur exacte du réseau. Les trois jeunes interpellés sont interrogés sur leurs complices présumés, leurs modes opératoires, et les éventuels commanditaires qui les auraient incités à transformer TikTok en tribune de menace collective.
Pour les habitants de Nkolbisson et de Mvan, cette arrestation est un soulagement. « On ne pouvait plus dormir tranquilles. Depuis deux mois, il y a des rodéos nocturnes, des caillassages, et ces jeunes se filment en train de se vanter. Les parents sont impuissants », témoigne Élisabeth M., commerçante au marché de Nkolbisson. « La gendarmerie a bien fait. Mais il faut aller jusqu’au bout : démanteler tout le groupe », ajoute Jean-Brice, étudiant et habitant du quartier.
De son côté, l’adjudant-chef-major Otabela Nke Merlin appelle la population à continuer de dénoncer tout comportement suspect. « La vidéo était un défi à l’autorité de l’État. Nous avons relevé le défi. L’objectif est d’assainir Yaoundé et ses environs de ces “mauvaises graines” qui braquent, agressent, et empoisonnent la jeunesse avec la drogue. L’enquête suit son cours pour démanteler le reste de la bande. »
Cet épisode met en lumière un phénomène préoccupant : la banalisation de l’apologie de la violence sur les réseaux sociaux par des mineurs ou jeunes majeurs. Spécialistes et associations de protection de l’enfance appellent à une prise de conscience collective. « Les adolescents ne mesurent pas toujours la portée pénale de leurs actes numériques. En droit camerounais, l’apologie de violences, même sur TikTok, est punie par le code pénal », rappelle Me Sandrine Ngo Nyobe, avocate au barreau de Yaoundé.
Les trois suspects seront déférés dans les prochains jours devant le procureur de la République près le tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif. Ils répondront notamment de « menaces de mort par voie électronique », « apologie d’actes criminels » et « association de malfaiteurs ». La peine maximale encourue peut atteindre cinq ans d’emprisonnement.
Pendant ce temps, les vidéos initiales ont été retirées des plateformes, mais des copies circulent encore sous le manteau numérique. Pour les forces de l’ordre, le combat ne fait que commencer : derrière ces trois adolescents, c’est tout un écosystème de la peur qu’il faut démanteler.
Ndongo Tsala Christophe
