Alors que le régime de Paul Biya s’enlise dans le mépris et le mutisme, le décès annoncé du prisonnier politique Souleymane Tobi, victime d’un AVC derrière les barreaux, provoque une onde de choc dans la diaspora. L’opposition hausse le ton et promet de traquer les dignitaires du « pouvoir usurpateur » jusque dans leurs refuges occidentaux.

C’est une déclaration qui fleure comme un brûlot, lancée depuis les capitales de l’exil – Bruxelles, Paris, Washington – là où la parole se libère quand, à Yaoundé, les geôles se remplissent. Le Conseil des Camerounais de la Diaspora (CCD) et la « Diaspora Combattante pour le Changement » viennent de jeter une pierre dans la mare nauséabonde du régime de Paul Biya. La raison immédiate de cette colère noire : la mort annoncée de Monsieur Souleymane Tobi, décédé des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC) en détention.

Souleymane Tobi. Un nom qui rejoint désormais la triste litanie des martyrs de la répression camerounaise. Arrêté, comme tant d’autres, pour avoir osé contester les résultats d’une élection du 12 octobre 2025 que toutes les chancelleries occidentales, par lâcheté ou intérêt, ont préféré sanctifier du sceau de la « stabilité ». Le régime Biya, doyen des dictateurs africains souvent en goguette en Suisse, a pourtant une méthode immuable : museler, emprisonner, puis attendre que les corps lâchent. L’AVC de M. Tobi n’est pas une tragédie médicale isolée. C’est la conséquence logique, biologique, d’un système concentrationnaire qui broie les opposants dans l’indifférence générale.

« Nous ne répondrons de rien » : la diaspora passe à l’offensive

La déclaration du Général-Président Robert Wanto ne souffre d’aucune ambiguïté diplomatique. L’heure n’est plus aux communiqués mièvres adressés au vieux lion malade de la Rue du Périgord. Le ton est martial : « Tous les membres du gouvernement usurpateur et illégitime de Biya qui prendraient le risque de voyager en Occident […] auront ainsi décidé de s’exposer gravement. » La formule est lourde de menaces.

Pendant des décennies, les ministres et généraux camerounais se sont livrés à une frénésie de « virées shopping » à Paris, de stages linguistiques à Genève ou de villégiatures à Dubaï, pendant que le pays s’enfonce dans la pauvreté et que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest brûlent sous les balles de l’armée. Le CCD annonce la fin de cette impunité géographique. Désormais, les trottoirs des Champs-Élysées ou le confort des hôtels londoniens deviendront des pièges potentiels pour ceux que la diaspora qualifie de « régime fantoche ».

Ce basculement est historique. En désertant le terrain des procès politiques truqués au Cameroun, l’opposition exilée choisit de jouer sur le terrain de la « vigilance occidentale ». On appelle cela le juridiction universelle pour certains, de la chasse à l’homme pour d’autres. Mais quand on enferme les gens jusqu’à ce qu’ils meurent d’un AVC dans une cellule, le risque est grand de voir la colère déborder les cadres légaux.

Les larmes n’effacent pas le sang

Saluons la mémoire de Souleymane Tobi. Un « martyr », écrivent les communiqués. Sa famille biologique, qui n’a probablement même pas encore reçu un mot officiel du parquet de Yaoundé, mérite plus que des condoléances : elle mérite la vérité. Une autopsie indépendante ? Une enquête internationale ? Les autorités camerounaises, habituées à faire disparaître les corps ou à restituer des dépouilles sans certificats médicaux crédibles, ne peuvent plus espérer que le monde ferme les yeux.

Le régime Biya est une machine qui tourne à vide. Il n’a plus de projet de société, plus d’hôpitaux, plus d’écoles dignes de ce nom. Il lui reste les baïonnettes, les prisons et, pour une infime poignée d’initiés, les palaces suisses. Mais cette déclaration de la diaspora sonne comme un rappel à l’ordre : les digues cèdent. Quand l’opposition en exil promet qu’elle « ne tolérera en aucun cas » la présence des dignitaires en sol occidental, elle met le doigt sur la seule faiblesse réelle de ce clan : sa peur panique de perdre le confort de l’Occident.

« Le Cameroun libre ou la mort »

La formule est excessive. Radicale. Certains la jugeront dangereuse. Mais dans une société où la mort en prison d’un homme politique devient un fait divers banal, quel langage reste-t-il compréhensible par un pouvoir sourd ?

Le CCD donne rendez-vous à l’histoire. Aux « Combattant.e.s » de Montréal, Paris ou Tokyo de rester vigilants. Le régime Biya a cru qu’en asphyxiant l’intérieur, il étoufferait la dissidence extérieure. C’est un calcul d’aveugle. Comme tous les régimes finissants, il confond le silence de la peur avec l’absence de colère. La pierre tombale de Souleymane Tobi n’est pas refermée. Elle est, au contraire, le pavé jeté dans la vitrine d’un pouvoir qui, d’un AVC à l’autre, montre chaque jour un peu plus son visage de nécrose.

La diaspora a sonné le tocsin. Le gouvernement illégitime de Paul Biya ferait bien de ne pas voyager. Car derrière le deuil, il y a désormais la détermination implacable de ceux qui n’ont plus rien à perdre. « Nous vaincrons », promet le texte. Sur le cadavre d’un prisonnier politique, cette promesse a le goût amer du devoir de mémoire.

Emmanuel Ekouli

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *