L’ancienne gloire du football mondial passe à l’offensive. Michel Platini, triple Ballon d’Or et ex-président de l’UEFA, a déposé plainte lundi devant la justice suisse à l’encontre de Gianni Infantino, l’actuel patron de la FIFA, pour « dénonciation calomnieuse » et « trafic d’influence ». Une riposte judiciaire d’envergure, dix ans après l’affaire qui a brisé son rêve de présider le football mondial.
Cette plainte vise également deux anciens hauts responsables de la FIFA, Marco Villiger (ex-directeur juridique) et Domenico Scala (ex-président de la commission d’audit). Elle est assortie d’une constitution de partie civile, une démarche qui, selon un communiqué transmis à l’AFP, « va entraîner la désignation d’un juge d’instruction ». Une étape clé, car les deux plaintes simples déposées par Platini en 2018 (pour dénonciation calomnieuse contre X) et en 2021 (pour trafic d’influence visant Infantino) avaient connu un sort contrasté : la première a été jugée prescrite, la seconde classée sans suite en octobre dernier.
« Je ne vais pas lâcher les gens qui m’ont fait du mal »
L’ancien capitaine des Bleus, acquitté définitivement en août 2025 dans l’affaire du paiement controversé de 2 millions de francs suisses (environ 1,8 million d’euros), entend aujourd’hui laver son honneur et obtenir réparation. « Je ne vais pas lâcher les gens qui m’ont fait du mal », promettait-il en mars sur RMC. Selon lui, Infantino – qui fut son secrétaire général à l’UEFA – a « œuvré pour (l’)écarter de la course à la présidence » de la FIFA à l’automne 2015, en utilisant des « accusations totalement infondées ».
Ce paiement, versé par la FIFA à Platini en 2011 pour un travail de conseil auprès de Sepp Blatter, avait été requalifié en « escroquerie » par la justice suisse à l’époque. Il déclencha une cascade de suspensions, d’enquêtes disciplinaires et pénales, anéantissant les chances de l’ex-meneur de jeu d’accéder au trône de la FIFA. Son second, Gianni Infantino, jusqu’alors discret, en profita pour se porter candidat et fut élu en février 2016. Réélu sans opposition en 2019 et 2023, l’Italo-Suisse de 55 ans briguera un nouveau mandat en mars prochain.
« Basculement stratégique » et dommages civils
Cette plainte avec constitution de partie civile force l’ouverture d’une information judiciaire. « Cela change la donne, commente Me Olivier Piguet, avocat genevois spécialisé en droit pénal économique. Le juge d’instruction disposera de moyens d’investigation contraints, perquisitions, auditions sous serment. Infantino et les deux autres mis en cause seront entendus en qualité de prévenus. »
Parallèlement, Platini annonce engager une procédure civile en responsabilité contre la FIFA, afin d’obtenir « la réparation de l’ensemble des préjudices » subis, tant moraux que financiers. L’homme qui fut le plus grand joueur français du XXe siècle réclamerait plusieurs millions d’euros pour manque à gagner (son retrait de la course à la présidence) et atteinte à l’image.
Une échéance politique pour Infantino ?
Gianni Infantino, dont la communication officielle se borne pour l’instant à un « prendre acte » laconique, voit cette plainte tomber à un moment sensible : à moins de quatre mois du prochain congrès FIFA, où il briguera un quatrième mandat. Si l’affaire n’a, juridiquement, aucun effet suspensif sur sa candidature, elle pourrait alimenter les critiques internes. Depuis des années, des voix dénoncent l’opacité des procédures disciplinaires ayant visé Platini.
Pour Platini, aujourd’hui âgé de 70 ans, cette offensive marque la fin d’une résignation : « Je ne veux pas de vengeance, mais la vérité », conclut-il dans son communiqué. Le football mondial, qui croyait avoir tourné la page des guerres de succession, pourrait entrer dans un nouveau round judiciaire. Le juge d’instruction désigné aura désormais la lourde tâche de démêler ce que d’aucuns appellent déjà « le feuilleton du siècle » du foot business.
Emmanuel Ekouli
