Le sang d’une fillette de 11 ans vient de maculer l’autel de la tolérance administrative. Le 8 juillet 2026, Paul Atanga Nji, ministre camerounais de l’Administration territoriale, a annoncé la fermeture imminente de 1 400 églises de réveil à travers le pays. Une décision brutale, certes, mais rendue inévitable par des années de laisser-faire, de dérives sectaires et d’impunité religieuse. Le drame qui a mis le feu aux poudres s’est déroulé dans la nuit du 27 au 28 juin à Yaoundé : une fillette de 11 ans, poignardée à 17 reprises par une fidèle de l’église « Vie et Paix ». Motif invoqué par la suspecte, aujourd’hui sous les verrous : un « prophète » lui avait soufflé que le sacrifice de l’enfant la sortirait de ses difficultés financières.

La parole de Dieu ou celle du diable ?

« La foi ne peut plus s’affranchir de la loi », a martelé le ministre. Une formule qui sonne comme un aveu : l’État camerounais a longtemps fermé les yeux sur l’éclosion anarchique de ces lieux de culte, pullulant dans les quartiers populaires sans la moindre autorisation légale. Le « principe de tolérance administrative » a fait florès, transformant le pays en Far West spirituel où n’importe quel charlatan en soutane peut ouvrir son église, promettre des miracles et, pire, exiger des sacrifices humains.

Car il ne s’agit pas d’un fait isolé. Depuis des années, les églises de réveil – ces mouvements pentecôtistes issus du protestantisme anglo-saxon – sont épinglées pour des dérives allant de l’extorsion financière à l’exploitation de la crédulité populaire. Le meurtre de cette fillette n’est que la face émergée d’un iceberg de barbarie : des fidèles ruinés, des familles brisées, des enfants transformés en monnaie d’échange pour des « prophètes » sans foi ni loi. 17 coups de couteau. 17 plaies ouvertes sur le corps d’une enfant, et sur la conscience d’un pays qui a laissé faire.

1400 églises, 1400 repaires ?

Le chiffre est vertigineux : 1 400 églises formellement identifiées, disséminées sur tout le territoire, vont devoir fermer leurs portes dans les prochains jours. Mais pourquoi si tard ? Pourquoi avoir attendu qu’une fillette perde la vie pour réagir ? La réponse est à chercher du côté d’une régulation défaillante. Au Cameroun, seules les associations religieuses autorisées par décret présidentiel sont reconnues. Or, des milliers de cultes opèrent dans l’illégalité la plus totale, bénéficiant d’une complaisance coupable des autorités locales. Le Conseil des Églises protestantes du Cameroun (CEPCA), censé coordonner le protestantisme, n’a jamais réussi à endiguer ce phénomène, ne reconnaissant qu’une seule église pentecôtiste en son sein. Un aveu d’impuissance.

La chasse aux sorcières ou l’assainissement nécessaire ?

Bien sûr, les détracteurs de la mesure crieront à la répression, à l’atteinte à la liberté de culte. Mais de quelle liberté parle-t-on ? Celle d’égorger des enfants au nom d’une prophétie ? Celle de transformer la détresse sociale en business juteux ? Le gouvernement, en annonçant cette offensive, ne s’attaque pas à la foi, mais à ses fossoyeurs. Il met fin à une tolérance qui a coûté des vies. Et si, pour une fois, l’État faisait son travail ? Paul Atanga Nji l’a rappelé aux responsables de « Vie et Paix » : le crime est proscrit par la loi et par les textes sacrés. Il est temps que les églises de réveil, ou du moins celles qui resteront, comprennent qu’elles ne sont pas au-dessus des lois.

Une leçon à méditer

Ce drame est un électrochoc. Il révèle les failles d’un système où le religieux a pris le pas sur le rationnel, où des pasteurs sans scrupules exploitent la misère et le désespoir. La fermeture de 1 400 églises est une mesure radicale, mais nécessaire. Elle envoie un signal clair : au Cameroun, la foi ne justifie pas l’horreur. Les prochains jours diront si cette offensive est une véritable rupture ou un simple coup de com’ pour apaiser les consciences. Une chose est sûre : les 17 coups de couteau portés à cette fillette ne seront pas oubliés. Et si cette tragédie doit servir à assainir un secteur gangrené par l’anarchie, alors elle n’aura pas été totalement vaine.

Le Cameroun n’a pas besoin de « prophètes » qui réclament du sang. Il a besoin de lois, de justice et d’une foi qui ne tue pas.

Edwige Christine Mekoui

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