Lors de sa séance du 29 avril 2025, le Conseil de l’Ordre des avocats du barreau de Nantes a adopté à l’unanimité une motion de soutien envers ses confrères camerounais, confrontés à une vague de violences policières systémiques. Cette décision fait suite à la diffusion d’un communiqué de la Conférence Internationale des Barreaux (CIB) daté du 5 mars 2025, relayant les alertes du Bâtonnier camerounais, Me Mbah Eric Mbah, sur les agressions subies par les avocats du pays .

Une situation alarmante au Cameroun
Depuis plusieurs semaines, les avocats camerounais dénoncent des actes de « violences physiques, barbaries et traitements humiliants » perpétrés par les forces de l’ordre. Le Conseil de Nantes a notamment évoqué deux incidents récents : la diffusion d’une vidéo montrant un avocat molesté par des policiers, devenue virale sur les réseaux sociaux, et la séquestration d’un autre confrère ayant osé défendre les droits de ses clients . Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de répression, marqué par une « culture d’impunité généralisée » dénoncée par Human Rights Watch, notamment après la mort sous torture d’un jeune en garde à vue en janvier 2025 .

Face à ces exactions, le Barreau du Cameroun a lancé, du 5 au 7 mars 2025, une grève symbolique : les avocats ont suspendu le port de la robe et déserté les tribunaux pour exiger le respect de leur profession et la protection de leurs droits . Une initiative soutenue par la CIB, qui a appelé à une mobilisation internationale pour défendre l’État de droit .

Une condamnation ferme et des actions concrètes
Le Barreau de Nantes a « fait sien » le communiqué de la CIB, exprimant sa « stupeur » et sa « vive désapprobation » face à ces atteintes à l’intégrité physique et à la dignité des avocats . Dans sa motion, il rappelle que les Principes de base relatifs au rôle du barreau, adoptés par l’ONU en 1990, obligent les États à garantir aux avocats un exercice professionnel sans intimidation ni ingérence . « Les pouvoirs publics camerounais doivent protéger ces acteurs essentiels de la justice, conformément au droit international », a souligné un membre du Conseil nantais.

Par ailleurs, le Conseil a salué la décision de ses homologues camerounais d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des violences, tout en regrettant que les enquêtes précédentes, comme celle concernant l’avocat Richard Tamfu agressé en novembre 2024, stagnent . « Ces actes ne sont pas isolés. Ils reflètent une dérive liberticide qui menace l’ensemble de la société », a insisté un élu du barreau.

Un élan de solidarité internationale
En exprimant sa solidarité, le Barreau de Nantes rejoint un mouvement plus large. La CIB, dont le siège est à Paris, s’est régulièrement mobilisée pour des causes similaires, comme la défense des avocats burkinabés ou tchadiens menacés . Cette solidarité transnationale souligne le rôle crucial des barreaux dans la protection des droits humains, notamment dans des contextes politiques tendus.

un appel à l’action
La motion du Barreau de Nantes ne se limite pas à une déclaration de principe. Elle appelle à une vigilance accrue et à une pression internationale pour que le Cameroun respecte ses engagements. « Si les avocats, garants des libertés, sont eux-mêmes réduits au silence, qui défendra les citoyens ? », interroge la résolution. Dans un pays où le président Paul Biya, au pouvoir depuis 42 ans, durcit sa gestion autoritaire, cette question résonne comme un avertissement.

Emmanuel Ekouli

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