Douala, Cameroun – Alors que la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2022 a servi de prétexte pour des réfections cosmétiques à l’aéroport international de Douala, la vérité crève les yeux : cet édifice, inauguré en 1977, n’a connu aucun entretien majeur depuis près de cinq décennies. Une incurie qui résume à elle seule le bilan désastreux du régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Aujourd’hui, face à l’état de délabrement avancé, l’État camerounais, soutenu par l’Agence Française de Développement (AFD) et Aéroports du Cameroun (ADC), promet une rénovation à hauteur de 10 milliards de FCFA. Trop peu, trop tard.

Un symbole de la gabegie biyaïste

L’aéroport de Douala, principale porte d’entrée du Cameroun, était autrefois un fleuron de l’Afrique centrale. Conçu pour accueillir 1,5 million de passagers par an, il a longtemps été la vitrine d’un pays ambitieux, héritier d’infrastructures solides post-indépendance. Mais sous le règne de Paul Biya, les investissements ont cédé la place à la corruption, au clientélisme et à une gestion catastrophique des biens publics.

Les voyageurs qui foulent son tarmac aujourd’hui découvrent des équipements vétustes, des climatisations en panne, des sanitaires insalubres et des retards chroniques. Les rares “réparations” effectuées avant la CAN 2022 ? Un coup de peinture ici, une clôture changée là… Des mesurettes indignes d’un pays qui se rêve en “Afrique en miniature” mais ressemble de plus en plus à un État en déliquescence.

10 milliards : une goutte d’eau dans un océan de besoins

Le projet de rénovation annoncé est-il à la hauteur des enjeux ? Absolument pas. Dix milliards de FCFA, c’est une somme dérisoire comparée aux investissements nécessaires pour moderniser un aéroport qui n’a pas connu de vraie mise à niveau depuis sa construction. À titre de comparaison, l’aéroport Blaise-Diagne de Dakar, inauguré en 2017, a coûté près de 600 milliards de FCFA. Le Cameroun, lui, se contente de rafistolages alors que ses voisins construisent des infrastructures de classe mondiale.

Pire, ce financement provient majoritairement de l’AFD, une fois de plus. Le Cameroun, sous Biya, s’est habitué à dépendre des bailleurs étrangers pour ses projets structurants, faute d’une gestion rigoureuse de ses propres ressources. Où sont passés les milliards générés par le pétrole, le cacao, le bois et les autres richesses nationales ?

Paul Biya, fossoyeur des acquis de l’indépendance

Le constat est accablant : le régime Biya a systématiquement détruit les infrastructures héritées de l’époque Ahidjo. Routes, hôpitaux, écoles, aéroports… tout se dégrade faute de vision et de volonté politique. L’aéroport de Douala n’est que le symptôme d’un mal plus profond : un État kleptocratique où l’argent public sert à enrichir une minorité plutôt qu’à développer le pays.

Pendant que les élites se remplissent les poches, les Camerounais subissent au quotidien les conséquences de cette incurie. Retards de vols à répétition, pertes de bagages, conditions d’accueil déplorables… L’image du pays en prend un coup, tout comme son attractivité économique. Qui voudrait investir dans un pays où même l’aéroport principal est un mouroir à passagers ?

Une rénovation qui ressemble à une mascarade

Sans transparence sur l’utilisation des fonds, sans audit indépendant sur l’état réel des installations, ce projet de rénovation suscite plus de scepticisme que d’espoir. L’histoire récente du Cameroun est jalonnée de chantiers surfacturés, mal exécutés ou jamais terminés. Les Camerounais ont-ils oublié le scandale des stades de la CAN, où des millions se sont évaporés dans des poches privées ?

Et que dire du choix des partenaires ? L’AFD, aussi utile soit-elle, ne peut se substituer éternellement à un État défaillant. Quand le Cameroun prendra-t-il enfin son destin en main ?

Le Cameroun mérite mieux

50 ans de négligence. 50 ans de promesses non tenues. 50 ans de déclin sous un pouvoir qui a préféré la prédation à la construction. L’aéroport de Douala pourrait être un symbole de modernité, mais il reste le miroir d’un pays en panne.

Les 10 milliards annoncés ne suffiront pas à effacer un demi-siècle de gabegie. Ce qu’il faut, c’est une rupture radicale : un nouveau leadership, une gestion transparente, et des investissements massifs dans les infrastructures. Le Cameroun a les moyens de se doter d’un aéroport digne du 21e siècle. Mais cela ne se fera pas avec les recettes qui ont mené à son naufrage.

Paul Biya a détruit nos acquis. Il est temps de reconstruire – sans lui.

Emmanuel Ekouli

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