Yaoundé, le 25 juin 2025 – La démission fracassante d’Issa Tchiroma Bakary de ses fonctions gouvernementales, officiellement annoncée ce 24 juin 2025, n’a rien d’un coup de tête. Loin de là. Selon plusieurs sources bien informées, ce départ a été minutieusement orchestré depuis des mois, dans l’ombre des couloirs du pouvoir. Aujourd’hui, le masque tombe : l’ancien ministre, longtemps perçu comme un pilier du régime, lance sa candidature à la présidentielle de 2025. Une manœuvre politique calculée, qui entre maintenant dans sa phase d’implémentation.
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Une démission longuement mûrie dans l’ombre
Dès le début de l’année 2025, des rumeurs insistantes circulaient sur les intentions réelles de Tchiroma. Connu pour son verbe haut et son positionnement ambigu, l’homme a toujours su jouer sur plusieurs tableaux. Mais cette fois, les indices étaient trop nombreux pour être ignorés : des rencontres discrètes avec des opposants, des déclarations de plus en plus critiques envers certaines politiques gouvernementales, et surtout, un retrait progressif des premières lignes médiatiques du pouvoir.
« Il préparait son coup depuis au moins six mois », confie un proche du dossier sous couvert d’anonymat. « Ses alliés ont été contactés un à un, ses soutiens financiers sondés. Il savait qu’il ne pouvait pas quitter le gouvernement sans un plan solide. Et ce plan, c’était la présidentielle. »
Une lettre ouverte qui sonne comme un manifeste politique
Dans sa lettre ouverte adressée au peuple camerounais, jointe à l’annonce de sa démission, Tchiroma se présente en défenseur de la transparence et du dialogue. Un discours bien rodé, qui tranche radicalement avec son image d’homme-lige du régime. « Le Cameroun a besoin d’un nouveau souffle, d’une véritable alternance », écrit-il, dans des termes qui rappellent étrangement ceux de l’opposition traditionnelle.
Mais derrière les belles phrases, la stratégie est claire : capter l’électorat déçu par le pouvoir en place, tout en s’appuyant sur son réseau et sa notoriété d’ancien ministre. Un pari risqué, mais visiblement préparé avec soin.
Le pouvoir face à un nouveau défi
Si le départ de Tchiroma a été accepté sans heurts apparents, il représente un véritable camouflet pour le régime. L’ancien ministre connaît les rouages de l’État, les forces et les faiblesses du système. Sa candidature, si elle est validée, pourrait attirer une partie de l’électorat gouvernemental, créant une fracture inédite au sein de la mouvance présidentielle.
« C’est un coup de tonnerre », analyse un observateur politique. « On ne quitte pas un gouvernement pour se lancer dans une présidentielle en quelques jours. Tout a été planifié. Maintenant, le régime doit réagir, et vite. »
Et maintenant ? La bataille commence
Avec cette annonce, Tchiroma passe à l’offensive. Son équipe de campagne, déjà constituée dans l’ombre, devrait se dévoiler dans les prochains jours. Les meetings, les interviews et les promesses vont se multiplier, dans une stratégie visant à s’imposer comme l’alternative crédible face à un pouvoir usé.
Mais la route sera longue. Entre les manœuvres d’appareil, les pressions politiques et les défis logistiques, l’ancien ministre devra prouver qu’il est plus qu’un simple dissident opportuniste. Une chose est sûre : le Cameroun entre dans une période de turbulences politiques, et Tchiroma en sera l’un des acteurs centraux.
Une démission préparée, un plan qui se déploie – le jeu politique camerounais vient de basculer.
Emmanuel Ekouli
