Le gouvernement camerounais a officiellement lancé le renouvellement des voies ferrées sur les axes stratégiques Douala–Yaoundé et Belabo–Ngaoundéré. Ce projet colossal, estimé à plus de 400 milliards de FCFA, vise à moderniser le réseau ferroviaire national, améliorer la sécurité et stimuler l’économie. Les financements, sécurisés auprès de l’Agence Française de Développement (AFD), de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et de l’Union européenne, marquent une étape décisive pour le transport au Cameroun.

Un projet attendu depuis des années

Le réseau ferroviaire camerounais, hérité de l’époque coloniale, souffre d’un manque criant d’entretien. Les infrastructures vieillissantes limitent la vitesse des trains, augmentent les risques d’accidents et freinent le transport de marchandises. Le projet de rénovation, piloté par Camrail (filiale du groupe Bolloré), concerne près de 1 000 km de voies, dont les tronçons Douala–Yaoundé (307 km) et Belabo–Ngaoundéré (370 km).

Les travaux incluent :

  • Le remplacement des rails et des traverses.
  • La modernisation des systèmes de signalisation.
  • Le renforcement des ouvrages d’art (ponts, tunnels).
  • L’amélioration des gares pour faciliter l’accès des voyageurs.

Des retombées économiques majeures

Ce chantier s’inscrit dans le cadre du Plan National de Développement (PND) 2020-2030, qui vise à faire du rail un pilier de la croissance. Selon le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, « ce projet va réduire les coûts logistiques, désengorger les routes et dynamiser le commerce régional ».

En effet, le corridor Douala–Yaoundé–Ngaoundéré est crucial pour l’exportation des produits miniers, agricoles (cacao, café, coton) et manufacturés. Une voie ferrée performante permettra de :

  • Réduire le temps de transport : Le trajet Yaoundé–Douala pourrait passer de 6 à 3 heures.
  • Baisser les coûts logistiques : Le fret ferroviaire est moins cher et plus écologique que le transport routier.
  • Désenclaver les régions : Le Nord et l’Est du pays bénéficieront d’une meilleure connectivité.

Un financement international bien sécurisé

L’un des défis majeurs était le montage financier. Grâce à l’appui de partenaires internationaux, le Cameroun a pu boucler le budget :

  • L’AFD a accordé un prêt de 120 milliards FCFA.
  • La BEI participe à hauteur de 150 milliards FCFA.
  • L’Union européenne apporte un soutien via son mécanisme « Global Gateway ».

Ce soutien témoigne de la confiance des bailleurs dans la stabilité économique du Cameroun, malgré les défis sécuritaires dans certaines régions.

Défis et perspectives

Malgré l’enthousiasme, des interrogations subsistent :

  • Délais de réalisation : Le gouvernement promet une livraison d’ici 2026, mais les retards sont fréquents sur les grands chantiers africains.
  • Impact social : Des expropriations pourraient être nécessaires, ce qui pourrait provoquer des tensions locales.
  • Maintenance future : Le Cameroun devra assurer un entretien régulier pour éviter une nouvelle dégradation.

À plus long terme, ce projet pourrait s’étendre vers d’autres axes, comme le tronçon Ngaoundéré–Garoua, voire vers le Tchad et la République centrafricaine, renforçant ainsi l’intégration sous-régionale.

Un pas vers l’émergence ?

La modernisation du rail est un signal fort pour l’économie camerounaise. En améliorant la mobilité des personnes et des biens, le pays se positionne comme un hub logistique en Afrique centrale. Reste à voir si les engagements seront tenus dans les délais et si les retombées profiteront à l’ensemble de la population.

Une chose est sûre : avec ce chantier, le Cameroun roule vers l’avenir.

Emmanuel Ekouli


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