Le Cameroun avance lentement mais inexorablement vers une élection présidentielle que certains veulent croire de rupture mais tous le disent et pourtant tous veulent croire aux sirènes des seuls hommes politiques, toujours les mêmes depuis à peu-prêt vingt ans. Certains depuis plus longtemps que d’autres mais tous, dans cette fourchette. Seulement, parmi eux, tous autant qu’ils sont, il s’en trouverait difficilement un, qui ait convaincu par quoi que ce soit qui ferait un vrai leader, un homme d’Etat.
Plusieurs et même, le plus grand nombre, si ce n’est tous, s’illustrent maintenant par des prises de positions qui sont diamétralement opposées à celles d’il y a seulement quelques semaines, mois, pour d’autres, quelques années, pendant que ceux-ci se réveillent d’un sommeil profond de plusieurs années, d’autres se découvrent des dons messianiques, sauveur d’un peuple qui ne trouvera son plein épanouissement qu’avec eux. Pauvres camerounais ! Si on dit avec une certaines pertinence que chaque peuple est à l’image de ses dirigeants ou que chaque peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite, et si on reconnait qu’il n’y a pas de règle sans exception, les camerounais peuvent-ils être l’exception qui confirment la règle ?
Le Cameroun est un pays qui prend son indépendance et la commence dans un mensonge, une indépendance qui n’en est pas une, vraie comme vécue. Elle est même la conséquence d’une trahison et l’objet d’un opportunisme en lieu et place du patriotisme et du nationalisme. Cela n’a fait que se perpétuer. Que des opportunistes, des assoiffés de pouvoir, des personnages sans la moindre idée ou plus grave encore, la moindre de volonté de construire une Nation pour le bien de tous, ni un soupçon de substance patriotique, qui arrivent aux postes de responsabilité sans aucune autre ambition que celle de prendre, de se servir au lieu de servir.
Cet état de chose vient de ce que le camerounais est égoïste, c’est vrai que tout homme l’est dans une certaine mesure, c’est aussi, pour son malheur, pour le moment encore du moins. Une mosaïque de populations qui n’ont parfois rien en commun sur le plan culturel, même quand la géographie les a rapproché, qui, au lieu de tenter de créer une Nation digne de ce nom, préfèrent rester enfermées dans un communautarisme qui n’aide aucune des cultures encore moins le pays qu’ils disent tous vouloir construire et servir.
Les leaders d’opinion qui devraient penser à en faire une force pour cette Nation qu’ils affirment urbi et orbi vouloir contribuer à construire, tentent plutôt de surfer sur ces différences pour espérer s’en sortir, ce qui est contreproductif à tout point de vue. C’est un constat désolant mais c’est cela qui est la vérité dont tout le monde peut se rendre compte. C’est parfois à se demander si ces politiciens des périodes électorales fourniraient un particulier effort pour déconstruire ce que le peuple tout seul essaie de mettre en place : vivre ensemble malgré ces différences évidentes.
Il faut le reconnaitre au camerounais, ils essaient autant que faire se peut, de construire des ponts entre eux, entre des cultures différentes pour arriver à une Culture qui sera un jour être appelée Culture Camerounaise. Ils essaient de se trouver des raisons et des moyens au quotidien de vivre ensemble comme des citoyens d’un même pays, un seul peuple. Leur malheur semble venir de ceux qui ont la prétention de vouloir présider à leur destinée.
Ce peuple qui fait de son mieux pour vaincre ses différences, se retrouvent malgré lui à suivre des gens qui se disent leaders mais qui, au lieu d’encadrer ces efforts, les capitaliser pour plus d’intégration, tentent au contraire de les opposer avec parfois plus au moins de succès. Quand le peuple avance vers plus de compréhension mutuelle, les leaders politiques les ramènent vers ce qu’ils doivent abandonner, parce qu’il en a expérimenté les insuffisances. Il n’y a que par le mensonge, la démagogie et le populisme qu’on y parvient.
Les personnalités politiques au Cameroun ont l’art d’être hors sujet, soit par ignorance, soit par calcul ou tout simplement par incompétence mais le résultat est le même : l’inertie, l’immobilisme et le doute s’installent. Ces hommes politiques confondent tout et surtout les cibles et les échéances. Ils se réveillent pour se rendre compte qu’à cause de leur vision étriquée du départ, ils ne peuvent ratisser large, plus rien rattraper. Comment ne veulent-ils pas voir la chose avec moins d’arrogance, plus de lucidité et d’humilité en plaçant le peuple au centre de leur préoccupation, dans le but le servir ? Si les élections locales doivent préparer les élections générales, pourquoi ne pas accepter de commencer par ce bas et évoluer progressivement ? Tous voient la chose dans un sens différent, résultat des courses et à cause de leur vision parcellaire et communautariste de la politique, ils se rendent compte mais bien tard, qu’ils n’ont pas les moyens de popularité qui vont avec leurs ambitions démesurées.
Au lieu de ne s’en prendre qu’à leur stupidité, et qu’ils ne veulent pas avouer leur étroitesse de vision et d’esprit, ils s’en prennent les uns aux autres et essaient d’entrainer la population dans leurs turpitudes. Tous les autres sont la cause de leurs manques de résultats, jamais eux-mêmes. Que de politicards de saison ! Démagogues et populistes mais vides. Des aventuriers qui vont se présenter à une élection dont ils savent qu’ils vont perdre, qu’ils ont déjà perdu alors qu’on est encore qu’aux intentions de dépôt de candidature ou aux déclarations d’intention de dépôts.
Le parti majoritaire au pouvoir ne semble pas briller par sa compétence non plus.
Le pays que les électeurs leur ont confié d’élections locales aux élections générales est dans état que personne ne peut féliciter de bonne foi. On en est même très loin. Le parti gouverne par slogans. Slogans vagues creux au fil du temps. La confiance des temps anciens, si elle n’est pas complètement dissoute, elle ne peut plus atteindre les proportions qui garantissaient les succès du passé, la déception est passée par là. A ce jour, tout le monde ou à tout le moins, pour ne pas être alarmiste, le plus grand nombre se rend à l’évidence de l’incompétence avérée de ce gouvernement qui lui aussi a menti, n’a fait des promesses non tenues.
Ce parti a l’avantage d’être présent dans tous les coins et recoins du pays, ce qui constitue en soi une force qu’aucun autre parti ne peut rivaliser. Mais ce n’est pas une surprise puisque c’est l’ancien parti unique qui jouit aussi des avantages de parti régnant et personne n’ignore ce que cela signifie en Afrique. Il a des moyens colossaux ou peut les mobiliser à tour de bras selon les besoins. La plupart de des postes sont tenus par ses cadres et les hommes d’affaires qui bénéficient des largesses du pouvoir comme partout ailleurs dans le monde. Ils y apportent des contributions substantielles comme contrepartie des avantages qu’ils tirent de leurs différentes activités.
Beaucoup sont cadres de ce parti. Seulement, tout semble se passer comme si le parti n’est bâti que pour gagner des élections, après, Plus rien. Personne ne s’intéresse plus à rien. Le pays reste à l’abandon, les membres du gouvernement se tournent les pouces. Le peuple crie et le gouvernement se bouche les oreilles, très occupés que sont ses membres à piller les caisses de l’Etat. L’article 2 des décrets de nomination à des postes de responsabilité est mis à contribution pour le plus grand malheur du peuple devant la représentation de qui le serment aura été prêté.
Voilà donc ces élections qui se profilent à l’horizon et ce peuple, que dire, ce bétail électoral qui sera encore appelé aux urnes pour choisir entre deux façons de se suicider. Il n’aura que le malheur d’opérer un choix bien cornélien entre plusieurs menteurs en attendant son messie qui lui est encore caché pour le moment. Combien de temps va-t-il falloir au peuple camerounais d’attendre encore son messie ? Est-ce donc pour lui une malédiction ? Après octobre 2025, on n’en sera pas sorti, il y toute raison d’être pessimiste
François Ndi
