Une première mondiale aux allures de mystère
C’est officiel : la présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun sera une grande première mondiale. Non pas parce qu’on s’attend à un résultat différent, mais parce que cette fois, personne, vraiment personne ne sait qui composera exactement le corps électoral. Même Elecam, l’organe chargé de gérer les élections, semble découvrir son propre fichier électoral au fur et à mesure, comme un candidat découvrant les sujets le jour de l’examen.
Un recours pour un corps électoral fantôme
Ce 14 juillet, le Collectif Sylvain Souop, au nom du Pr Maurice Kamto, a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel pour « inexistence en l’état du corps électoral convocable ». Traduisons pour le commun des mortels : on a convoqué un corps électoral… qui n’existe pas encore vraiment. Il reste à le « toiletter », comme l’a annoncé Elecam. Espérons qu’il y aura du savon antiseptique, car si le corps électoral est aussi sale que le fichier électoral de 2018, le bain risque de durer.
Une demande légitime : connaître la liste des électeurs
En gros, le candidat Kamto demande simplement à connaître la liste réelle des électeurs avant d’aller aux urnes. Après tout, même un match arrangé commence par la publication des équipes qui vont faire semblant de jouer.
Un autre recours depuis l’étranger
Mais ce n’est pas tout. Un autre recours, cette fois-ci déposé en Allemagne par le Pr Fogué Tedom et plusieurs autres électeurs, vise Veridos & Devrient-Giesecke, le partenaire technique d’Elecam. Ils demandent notamment que la liste électorale soit mise en ligne. Visiblement, au Cameroun, c’est plus facile d’obtenir la liste des Panthères noires de Bamenda que celle des électeurs inscrits pour choisir le chef de l’État.
Petit rappel historique : le fichier électoral, ce mirage permanent
Depuis l’avènement du multipartisme au début des années 1990, le fichier électoral camerounais est le grand serpent de mer de la démocratie nationale. Toujours promis, jamais fiable. En 1992 déjà, l’opposition dénonçait un fichier fantôme, gonflé de noms fictifs et épuré des opposants notoires. Résultat : Paul Biya gagnait avec un score contesté, mais validé.
2011 : Elecam et les électeurs fantômes
En 2011, après la création d’Elecam censée garantir la transparence, l’opposition découvrit un fichier électoral contenant des doublons, des morts ressuscités pour voter, et des électeurs introuvables physiquement mais très présents sur la liste. Comme quoi, l’invisible au Cameroun ne relève pas seulement de la spiritualité.
2018 : le retour des mêmes anomalies
En 2018, rebelote. L’opposant Maurice Kamto, aujourd’hui encore candidat, avait déjà contesté la fiabilité du fichier. L’opinion publique avait appris l’existence de centaines de milliers d’électeurs aux adresses introuvables. Certains bureaux de vote étaient localisés à des kilomètres de la résidence de leurs électeurs supposés. Et les morts, eux, n’avaient pas besoin de transport : ils votaient depuis l’au-delà.
Le fichier de 2025 : toujours aussi mystérieux
Aujourd’hui encore, à trois mois du scrutin présidentiel, personne ne sait quel est le fichier définitif. Elecam annonce un « toilettage » à venir, mais le décret présidentiel a déjà convoqué le corps électoral. C’est un peu comme si l’on programmait un mariage avant même de savoir qui est la mariée.
À qui profite ce flou ?
Au pouvoir en place, évidemment. Plus le fichier est trouble, plus il peut être manipulé. Et plus l’opposition perd son énergie dans des recours techniques, moins elle fait campagne sur le terrain. Pendant que les juristes s’agitent, les machines du système distribuent la farine, le riz, et les billets de 500 F pour « encourager » la participation citoyenne.
Une démocratie envoûtée
Ainsi va la démocratie camerounaise : un président immortel, un fichier électoral invisible, des électeurs mystiques, et des opposants qui croient encore à la transparence du jeu. C’est beau, un pays qui rêve encore… même éveillé.
Charles Chacot Chimé
