Yaoundé, le 10 août 2025 – Ce mardi 12 août, le Minepat va vibrer au rythme des stylos qui grattent et des sourires bien rodés. Dans l’Amphi 300 de l’immeuble Amacam, l’État camerounais et la Banque de Développement des États de l’Afrique centrale (Bdéac) scelleront un accord de prêt pour le bitumage des axes Abong-Mbang-Lomié et Ekong-Bengbis. Une cérémonie solennelle, bien sûr, mais qui soulève une question : cette fois, les promesses vont-elles enfin rouler… ou rester en rade dans les discours ?
Un prêt pour (enfin) désenclaver la boucle minière du Dja
Le Programme d’Aménagement et de Développement intégré de la boucle minière du Dja et de la zone frontalière adjacente (Padi-Dja) n’est pas nouveau. Depuis des années, les populations locales entendent parler de projets structurants, de corridors économiques, et de désenclavement. Pourtant, pour beaucoup, circuler entre Abong-Mbang et Lomié relève encore du parcours du combattant. Entre les pistes défoncées et les chantiers fantômes, le développement a souvent pris du retard.
Mais cette fois, c’est différent. Enfin, c’est ce qu’on nous assure. Le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, présidera la cérémonie en grande pompe, entouré d’experts et de partenaires financiers. La Bdéac, fidèle à son rôle, ouvre son portefeuille pour financer des infrastructures censées booster l’économie locale et faciliter l’exploitation des ressources minières.
Bitume et béton : la recette magique du développement ?
Les deux axes concernés – Abong-Mbang-Lomié et Ekong-Bengbis – sont stratégiques. Ils relient des zones riches en minerais, en forêt, et en potentiel agricole. Leur bitumage devrait, en théorie, fluidifier le transport des marchandises, attirer les investisseurs et améliorer le quotidien des habitants.
Mais au Cameroun, entre les annonces et la réalité, il y a souvent… un grand trou. Combien de projets routiers lancés en grande pompe ont fini en chantiers abandonnés ? Combien de budgets engloutis sans que le goudron ne suive ? Les sceptiques rappellent que, dans ce pays, une route bitumée est parfois considérée comme un luxe, voire un mirage.
La Bdéac joue les bonnes fées… mais sous conditions
La Banque de Développement des États de l’Afrique centrale n’est pas naïve. Elle sait que les prêts alloués doivent être utilisés à bon escient. Des mécanismes de suivi seront probablement mis en place pour éviter les détournements et les retards chroniques. Reste à savoir si l’administration camerounaise, souvent engluée dans la lourdeur bureaucratique, saura tenir les délais.
D’autant que les défis sont nombreux :
- Délais de réalisation : Les Camerounais en ont marre des “phases pilotes” qui durent dix ans.
- Qualité des travaux : Parfois, le bitume disparaît après deux saisons des pluies.
- Impact réel sur les populations : Les grands projets profitent-ils vraiment aux locaux, ou seulement aux multinationales et aux intermédiaires bien connectés ?
Et maintenant, on attend… le premier coup de pelle
La signature de l’accord, c’est bien. Les discours en costard, c’est joli. Mais ce que veulent les Camerounais, c’est voir les engins de chantier arriver, les routes se construire, et les camions rouler sans se casser les essieux.
Alors, Monsieur le ministre, la Bdéac a fait sa part. À vous de jouer. Et cette fois, évitons les traditionnelles excuses : “retard administratif”, “problèmes techniques”, ou “déblocage des fonds en cours”. Le Cameroun a besoin de routes, pas de nouvelles promesses en l’air.
Rendez-vous dans six mois pour le premier bilan… si tout va bien.
Emmanuel Ekouli
