Septembre approche, avec son cortège de cartables, de cahiers neufs et d’enseignants impatients. C’est le moment où la nation se fait la promesse à chaque rentrée, de remettre la jeunesse sur le droit chemin, celui de la discipline, de la morale et du travail.
Mais voilà, comment parler de rentrée scolaire sereine dans un pays où les « papas gangsters » règnent en maîtres ? Où les ministres falsifient des documents en toute impunité devant ceux qui sont chargés d’appliquer la loi, où des citoyens piratent des sites gouvernementaux avec la bénédiction de la hiérarchie ? Comment exiger le respect des règles et des valeurs à l’école quand la société tout entière, de la plus haute juridiction aux ruelles sombres, donne en spectacle la négation totale de la morale ? Et ceci en mondovision !
Pendant que les élèves s’apprêtent à réciter la leçon de civisme, la rue, elle, récite la loi du talion : règlements de comptes sanglants, mafias politiques, enrichissements obscènes, répression et assassinat des journalistes. Les faux documents officiels deviennent la norme, les vraies valeurs sont en voie d’extinction, et la justice… un décor de théâtre sans acteurs crédibles.
Alors, quelle discipline peut-on espérer ? Quelle autorité aura encore de la légitimité auprès de cette jeunesse qui voit chaque jour les hypocrisies de ses aînés ? Comment convaincre un enfant que le mensonge est un crime, quand il voit ses dirigeants en faire leur monnaie courante ?À chaque célébration de la fête de la jeunesse le 11 février de chaque année, on nous promet un « réarmement moral ». Qu’en reste-t-il aujourd’hui, à quelques jours de la rentrée scolaire ? Des discours soigneusement calibrés, certes, mais aussi une société qui s’enfonce dans la criminalisation généralisée, où les victimes sont les enfants d’aujourd’hui et les citoyens de demain.
Chers juges et magistrats, chers ministres et enseignants, avant de brandir le fouet de la discipline, commencez par balayer devant votre porte. Montrez l’exemple. Sinon, la rentrée scolaire ne sera qu’une répétition annuelle d’un spectacle absurde, où les vraies leçons seront celles de la désillusion et du cynisme.
À quoi bon préparer des jeunes « citoyens modèles », si le pays ne fait que cultiver des « citoyens falsificateurs » ?Alors que des bandits à col blanc ont pris en otage le pays, quel Cameroun voulons-nous laisser à la postérité ? À la rentrée 2023, la jeunesse n’aura pas seulement besoin de manuels scolaires. Elle aura besoin, surtout, d’une classe dirigeante à la hauteur de ses promesses, une rareté aussi précieuse qu’un manuel sans faute d’impression.
Charles Chacot Chimè
