À la présidence de la République, cette semaine, on a assisté à un spectacle rare : un défilé de chefs traditionnels de l’Ouest venus soutenir, sans ciller, la candidature du nonagénaire grabataire Paul Biya. Oui, vous avez bien lu. Nonagénaire. Grabataire. Candidat.
Ces chefs, pardon, ces figurines décoratives de chefferies, ne représentaient pas leurs peuples, mais leur propre carnet d’invitations au palais. On nous les a présentés comme “dignes représentants” de leurs communautés, mais en réalité, ils représentaient surtout… leur appétit pour les petites enveloppes, les photos souvenir, et l’illusion d’importance que procure un canapé doré dans un bureau présidentiel.
Parmi ces dignitaires ou ce qui en tient lieu, tenez-vous bien : un chef… de 13 ans. Oui, treize ans. L’âge où, normalement, on joue aux billes, pas des audiences à la présidence. Mais en Scandalousie, on peut à la fois réciter une leçon d’histoire au collège et réciter un discours d’allégeance au Chef suprême, le tout la même semaine.
Pendant que dans leurs villages, l’eau potable se boit encore à la calebasse et que les routes ressemblent à des pistes de motocross, eux, enfilent leurs plus beaux apparats pour livrer, en direct, la dernière danse du ventre politique. La saison électorale est ouverte, et avec elle, la grande promo sur la dignité.
L’Ouest Cameroun, terre des résistances historiques, peut remercier ses nouveaux “héritiers” pour ce moment de gloire : transformer la mémoire collective en tapis rouge pour un régime qui prend sa retraite… mais uniquement à l’hôtel de Genève. Les ancêtres, eux, doivent avoir le hoquet.
Dans la Scandalousie, on appelle ça du patriotisme de salon : on voyage en voiture climatisée, on serre des mains molles, on récite un texte écrit à l’avance, puis on rentre raconter au village comment “on a parlé au Président”. Sauf que non, chers chefs, vous n’avez pas parlé au Président. Vous avez juste prêté votre voix à un système qui adore les porte-voix muets.
Bref, le peuple n’a pas été consulté, mais ce n’est pas grave : dans ce pays, on sait que la vraie démocratie, c’est quand quelqu’un décide à votre place… avec un sourire et un pagne brodé.
Charles Chacot Chimé
