Yaoundé – La décision était prévisible, mais son choc n’en est pas moins violent. Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) est finalement sorti de son silence après la disqualification retentissante de son candidat, le Professeur Maurice Kamto, de la course à la présidentielle d’octobre 2025 par le Conseil constitutionnel. Dans une déclaration publique d’une rare fermeté, le parti a levé le voile sur ce qu’il qualifie sans ambages de « confiscation organisée de la souveraineté populaire » et de « déni de démocratie ».
Le ton est grave, la charge est sévère. Le comité stratégique du Manidem, dans une lettre rendue publique ce mercredi, ne se contente pas de contester une décision qu’il juge « arbitraire et injustifiable ». Il dresse le réquisitoire implacable d’un système politique à bout de souffle, accroché au pouvoir par la seule force de la manipulation des institutions. « Cette décision n’est ni juridique, ni légitime. Elle est politique, commandée par la peur d’un régime face à une dynamique populaire qu’il ne contrôle plus », peut-on lire dans le document.
L’argumentaire du Conseil constitutionnel, fondé sur une prétendue « non-conformité aux règlements », est balayé d’un revers de main, perçu comme un prétexte technique servant à masquer une éviction purement politique. Pour le Manidem, cette disqualification sonne comme l’aveu d’une peur panique : celle de devoir affronter dans les urnes une alternative « sérieuse, crédible et rassembleuse » incarnée par Kamto, face à un pouvoir usé qui « n’a plus rien à offrir au peuple camerounais que la continuité du désespoir ».
Mais au-delà de la dénonciation, le mouvement lance un appel clair et direct aux Camerounais. Le message est sans équivoque : il ne faut ni se résigner, ni se diviser. Le parti rejette avec force toute instrumentalisation du tribalisme et dénonce également la complaisance silencieuse de certains opposants qui verraient d’un bon œil l’élimination d’un concurrent gênant. « Nous refusons de céder au jeu de ceux qui, sous des habits d’opposants, se réjouissent en silence ou en coulisses de l’éviction d’un concurrent sérieux. »
Le cœur de la sortie du Manidem réside dans un changement de paradigme qu’il propose à la nation. L’élection de 2025, vidée de sa substance démocratique par ce acte, ne sera plus un scrutin comme les autres. Elle doit devenir le catalyseur d’un « réveil », d’un « sursaut », d’une « libération ». Le parti appelle ainsi les citoyens à se préparer non pas à voter pour un homme, mais à se mobiliser pour « retirer un système du pouvoir ».
« Le Professeur Kamto a été écarté de la course, mais ses idées demeurent, son combat reste légitime, et l’espérance qu’il porte survit à toutes les manœuvres d’exclusion », affirme le mouvement. Face à une élection dont « l’issue semble déjà écrite », le peuple est sommé de faire un choix historique au moment de la proclamation de résultats que tous savent déjà biaisés : accepter passivement une gouvernance par « hautes instructions » ou « s’unir, s’organiser, et prendre son destin en main ».
Le Manidem, en soldat qui se prépare déjà à une autre forme de combat, assure travailler, préparer et se lever. Il invite tous les Camerounais à canaliser leur colère non dans la haine ou la résignation, mais dans une action claire et un espoir déterminé. « 2025, c’est le peuple », conclut le manifeste, promettant que le rendez-vous n’est pas annulé, mais simplement transformé en une épreuve de vérité pour une nation entière. La machine de la contestation est relancée. Le régime est prévenu.
Emmanuel Ekouli
