Doha – Une décision interne dramatique au plus haut niveau du renseignement israélien a précipité l’échec retentissant de la tentative d’assassinat de hauts responsables du Hamas à Doha la semaine dernière, révèle une enquête exclusive du Washington Post basée sur des sources haut placées. Le Mossad, l’agence de renseignement la plus redoutée au monde, aurait refusé de mettre à exécution son propre plan d’élimination ciblée, forçant Israël à se rabattre sur une frappe aérienne massive et imprécise qui s’est soldée par un fiasco stratégique et diplomatique.
Selon les informations divulguées, les services israéliens avaient minutieusement élaboré un scénario impliquant des agents sur le terrain au Qatar pour neutraliser la délégation du Hamas, dont son chef par intérim Khalil al-Hayya. Ce plan, considéré comme ayant les plus grandes chances de succès, a été bloqué au plus haut niveau. David Barnea, le directeur du Mossad, s’y serait farouchement opposé. La raison principale avancée est la préservation des relations précieuses et complexes tissées avec les autorités qatariennes, qui servent de médiateurs incontournables dans les négociations de cessez-le-feu et d’échange d’otages.
Face à ce veto, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et une fraction de son cabinet de guerre se sont tournés vers une option de rechange, plus brutale et moins discrète. Mardi dernier, une armada de 15 avions de combat israéliens a décollé, lançant pas moins de 10 missiles de précision sur la villa dohienne abritant la réunion. Le résultat fut catastrophique : aucun des principaux chefs du Hamas ne fut tué. Les missiles ont instead fauché la vie de plusieurs parents et assistants de la délégation, ainsi qu’un officier du ministère de l’Intérieur qatari, une bavure aux lourdes conséquences diplomatiques.
Cet échec met en lumière des divisions béantes au sein de l’establishment de sécurité israélien. M. Barnea n’était pas seul dans son opposition. Le chef d’état-major des armées, le général Eyal Zamir, aurait également mis en garde contre le timing de l’opération, craignant qu’elle ne torpille définitivement les négociations en cours. Seuls les ministres Ron Dermer (Affaires stratégiques) et Israel Katz (Défense) auraient soutenu la ligne dure de M. Netanyahu.
Plus révélateur encore, le général Nitzan Alon, l’officier supérieur directement chargé des pourparlers sur les otages, en a été délibérément exclu. Les hauts responsables, anticipant sa forte opposition, ne l’ont tout simplement pas convié à la réunion cruciale décidant de la frappe, craignant qu’il n’argue du danger mortel que cette action ferait peser sur les 136 otages encore captifs à Gaza.
Cet épisode révèle un gouvernement israélien profondément fracturé, tiraillé entre la soif de revanche militaire immédiate et les impératifs de la realpolitik et du renseignement à long terme. Le refus du Mossad de frapper au Qatar, un terrain qu’il maîtrise pourtant, souligne un calcul pragmatique : certaines relations sont trop vitales pour être sacrifiées sur l’autel d’une opération spectaculaire mais contre-productive. L’échec qui a suivi donne raison à ses caciques et pose une question cruciale : qui, du faucon Netanyahu ou des esprits pragmatiques du renseignement, pilote véritablement la guerre ? La réponse pourrait bien déterminer le sort des otages et l’issue du conflit.
Emmanuel Ekouli
