Douala, Cameroun – Dans une annonce qui a fait frémir de nostalgie les plus anciens et suscité un prudent optimisme chez les observateurs, Camair-Co, la compagnie aérienne nationale camerounaise, a dévoilé un ambitieux plan d’expansion. Kinshasa, Lagos, Abuja et Malabo rejoignent désormais son réseau africain. Cette stratégie, soutenue par un plan de relance de près de 100 milliards de FCFA et la promesse d’une modernisation de sa flotte, vise à consolider l’emprise régionale de la compagnie et, ambition ultime, à préparer son retour sur la scène intercontinentale. Un rêve qui rappelle inévitablement son glorieux passé.

Pour qui a connu l’âge d’or de la Camair – Cameroon Airlines – dans les années 80 et 90, cette annonce résonne comme un écho lointain d’une grandeur révolue. La Camair d’antan n’était pas une simple compagnie régionale ; c’était un symbole de prestige national, un géant africain du transport aérien. Son fleuron, le mythique Boeing 747-200B immatriculé TJ-CAB, était bien plus qu’un avion : une légende. Surnommé avec affection et fierté “la 11e province du Cameroun”, ce Jumbo Jet reliait Douala et Yaoundé à Paris, New York, Rome ou Genève, charriant dans ses soutes et ses cabines le prestige d’une nation ambitieuse.

Posséder un 747 était à l’époque l’apanage d’une poignée de compagnies d’élite dans le monde. Le Cameroun, à travers Cameroon Airlines, figurait sur cette liste très select, rayonnant sur les continents. Cette époque semblait prometteuse, symbole d’une gestion rigoureuse et d’une vision audacieuse.

Hélas, ce passé glorieux fait aujourd’hui office de repoussoir. Le déclin, entamé dans les années 2000, fut sévère et implacable. Les observateurs pointent unanimement du doigt des décennies de mauvaise gestion chronique, de politisation des nominations et de détournements, un cocktail toxique qui a asphyxié la compagnie sous le long régime du président Paul Biya. La gabegie financière, le manque de vision stratégique, l’accumulation des dettes et la flotte vieillissante non renouvelée ont eu raison du géant. La célèbre “11e province” a été clouée au sol, puis vendue, métaphore tragique de l’effondrement. Cameroon Airlines a été liquidée en 2008, laissant place en 2011 à Camair-Co, née déjà fragile, héritière d’un lourd passif et de pratiques managériales néfastes qui ont continué à la plomber.

Aujourd’hui, Camair-Co est une compagnie moribonde, survivant grâce à des injections répétées de fonds publics sans jamais avoir atteint la rentabilité. Son réseau s’était réduit comme peau de chagrin, sa flotte clairsemée et son image entachée par des retards et annulations chroniques.

L’annonce des nouvelles destinations et du plan de 100 milliards soulève donc plus de questions qu’elle n’apporte de certitudes. S’agit-il enfin du sursaut tant attendu, porté par une gouvernance irréprochable et une véritable expertise aéronautique ? Ou simplement d’une nouvelle illusion, un énième plan de sauvetage coûteux qui, sans une rupture radicale avec les méthodes du passé, est condamné à échouer ?

Le chemin pour retrouver ne serait-ce qu’une parcelle de la splendeur de la “11e province” est long et semé d’embûches. L’expansion régionale est un premier pas nécessaire, mais le retour sur les lignes intercontinentales, horizon lointain de ce plan, relève du défi herculéen. Pour renaître véritablement, Camair-Co doit non seulement acquérir de nouveaux appareils, mais surtout tourner la page définitive de la gestion politicienne et du laxisme qui ont causé sa perte. Le ciel africain est aujourd’hui bien plus concurrentiel. Les Camerounais, eux, rêvent de revoir un jour un géant des airs aux couleurs de leur pays, non pas comme un souvenir nostalgique, mais comme une réalité prospère.

Emmanuel Ekouli

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