N’Djamena, le 16 septembre 2025 – Sous un ciel lourd de menaces, l’ombre de la dynastie Déby s’est une nouvelle fois abattue sur le Tchad. Dans un simulacre de débat démocratique, l’Assemblée nationale a voté, mardi 15 septembre, une réforme constitutionnelle scélérate qui assoit définitivement le pouvoir absolu du clan au pouvoir. Par 171 voix pour et une seule, courageuse, contre, les députés ont verrouillé le système pour les décennies à venir, piétinant sans vergogne l’espoir d’un peuple meurtri par soixante ans d’autoritarisme.
Le cœur de cette mascarade est une modification taillée sur mesure pour l’actuel président, Mahamat Idriss Déby. Le mandat présidentiel est allongé à sept ans et, surtout, rendu renouvelable sine die. La limitation de mandats, dernier rempart symbolique contre les présidences à vie, est purement et simplement rayée de la loi fondamentale. Calcul cynique : élu en mai 2024 pour un premier quinquennat, le fils Déby pourrait ainsi se maintenir au moins jusqu’en 2038, après deux septennats. Et potentiellement… bien au-delà.
Une réforme kleptocratique et anti-démocratique
Les mesures d’accompagnement dessinent les contours d’un régime despotique et clientéliste. L’allongement du mandat des députés à six ans garantit une chambre docile, moins souvent redevable devant le peuple. La création d’un poste de vice-Premier ministre offre une prime de plus à distribuer pour acheter les loyalismes. Pire, le financement des campagnes électorales par le Trésor public est une spoliation institutionnalisée : l’État, déjà confisqué par le pouvoir, sera mis à contribution pour financer la campagne du président sortant, asphyxiant toute velléité de compétition équitable.
La manœuvre la plus perverse réside dans la suppression de l’alinéa 2 de l’article 77, dont le contenu exact n’est même plus précisé, comme si la chose était déjà trop insignifiante pour mériter d’être mentionnée. Un effacement symbolique de ce qui pouvait encore entraver les ambitions d’un homme.
Une opposition muselée, un peuple ignoré
Dans l’hémicycle, le groupe d’opposition RNDT-Le Réveil a tenté de résister, quittant la salle en signe de protestation. Un geste noble mais vain, noyé dans le silence complice d’une majorité acquise. Le processus n’est pourtant pas terminé : le texte doit passer au Sénat avant un vote final au Congrès le 13 octobre. Mais qui peut encore croire en l’existence d’un contre-pouvoir ? La majorité des trois cinquièmes requise sera obtenue sans difficulté, dans un pays où toutes les institutions sont inféodées à l’exécutif.
Ce coup de force constitutionnel n’est pas une première en Afrique, mais il frappe avec une brutalité rare un pays en proie à une insécurité chronique et une misère endémique. Alors que les besoins du peuple tchadien sont immenses, la classe politique n’a d’autre urgence que de consolider son privilège et de pérenniser sa mainmise sur les ressources nationales.
Le message est clair : à N’Djamena, la démocratie n’est plus qu’un mot creux, un folklore pour Occidentaux naïfs. Le pouvoir se transmet, se prolonge et se verrouille. Le peuple, lui, n’a qu’à se taire. Ce 15 septembre 2025 restera dans l’histoire non pas comme un jour de progrès, mais comme celui où l’on a officiellement enterré l’espoir d’un Tchad libre, condamné à errer dans le long couloir sans issue d’une dictature héréditaire.
Emmanuel Ekouli
