Alors que l’élection présidentielle vient à peine de s’achever, un autre match, politique celui-là, se joue sur le terrain des résultats. L’opposant Issa Tchiroma Bakary a revendiqué une « victoire claire », dans un geste que certains comparent aux exploits légendaires du football camerounais : un coup de tonnerre dans le paysage politique, à l’image des Lions Indomptables terrassant les géants.
Garoua, le 14 octobre – La politique camerounaise vit actuellement un de ces moments où le réel dépasse la fiction. Alors que les résultats officiels de l’élection présidentielle de dimanche ne sont pas attendus avant deux semaines, l’ancien ministre et candidat de l’opposition Issa Tchiroma Bakary a sorti le carton rouge. Sur sa page Facebook, ce mardi, il a revendiqué une victoire sans appel, défiant le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis quarante-trois ans. « Notre victoire est claire. Elle doit être respectée », a-t-il lancé, dans une déclaration perçue comme un coup de boutoir contre un système considéré comme invincible.
Cette annonce a électrisé l’opinion publique, rappelant soudainement les plus belles pages du sport national. Elle résonne comme l’écho lointain du 8 juin 1990, jour où les Lions Indomptables, menés par un Roger Milla électrisant, avaient battu l’Argentine de Maradona, tenante du titre, lors de la Coupe du monde en Italie. Un petit poucet africain renversant un géant. Le même scénario du choc des improbables s’était reproduit en 2022, lorsque cette nouvelle génération de Lions, portée par une fougue irrésistible, avait arraché la victoire contre le Brésil de Neymar.
Aujourd’hui, c’est sur le terrain politique que se rejoue ce scénario. Issa Tchiroma Bakary présenté comme « Coton Sport de Garoua » par Paul Atanga Nji, le club phare du pays, face au « Réal de Madrid » que représenterait le régime en place, perçu comme une forteresse aussi riche en ressources qu’en influence. En promettant de publier un rapport détaillé des résultats par région, le candidat oppositionnel utilise une stratégie de transparence offensive, visant à contrer toute tentative de modification des scores. « Le peuple a choisi, et ce choix doit être respecté », a-t-il insisté, mettant la pression sur un pouvoir habitué à des réélections avec plus de 70% des voix.
La ligne rouge et l’arbitrage constitutionnel
Face à cette sortie, le pouvoir a rappelé le règlement. Le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, a immédiatement brandi l’avertissement : proclamer le résultat du vote avant le Conseil constitutionnel est « la ligne rouge à ne pas franchir ». Cette mise en garde souligne la tension palpable qui règne. Le régime, tel une vieille équipe tacticienne, semble jouer la montre, alors que des craintes de fraude persistent en faveur de Paul Biya, 92 ans.
Le parallèle avec le football n’est pas qu’une simple métaphore. Il incarne l’esprit de résistance et la capacité camerounaise à créer la surprise là où personne ne l’attend. La victoire de 1990 avait été un acte fondateur pour l’affirmation de l’Afrique sur la scène mondiale. Celle de 2022 avait montré que la flamme de l’audace ne s’éteignait jamais. La revendication d’Issa Tchiroma Bakary s’inscrit dans cette lignée : un défi à la fatalité.
L’attente d’un peuple
Dans les rues de Yaoundé, de Douala ou de Garoua, l’attente est mélangée d’espoir et d’anxiété. Les supporters politiques, comme les fans de football, retiennent leur souffle. Le Conseil constitutionnel, arbitre ultime, a jusqu’au 26 octobre pour proclamer le résultat officiel. D’ici là, le pays vit au rythme des rumeurs et des analyses des procès-verbaux qui fuient çà et là.
Que cette revendication soit le prélude à un véritable changement ou un coup d’éclat dans un match déjà écrit, elle restera dans les mémoires comme le moment où un candidat a osé défier le grand favori avec la fougue des Lions. Comme en 1990 et en 2022, le Cameroun retient son souffle, espérant assister à un nouveau miracle, non plus sur la pelouse, mais dans l’urne. L’enjeu est de taille : savoir si l’histoire politique peut, elle aussi, connaître ses légendaires retournements de situation.
Emmanuel Ekouli
