BAFOUSSAM – L’élection présidentielle camerounaise, qui devait être un exercice démocratique, se transforme en une énième crise post-électorale. À Bafoussam, dans la région de l’Ouest, une situation jugée “grave” par le candidat Issa Tchiroma Bakary vient de jeter une lumière crue sur les méthodes qui, selon l’opposition et de nombreux observateurs, caractérisent le processus électoral.

Le Front Social National Camerounais (FSNC), le parti de M. Tchiroma, a tiré la sonnette d’alarme ce matin. Le candidat a annoncé que sa représentante régionale avait été séquestrée au Palais de Justice de Bafoussam. L’objectif de cette manœuvre, selon ses déclarations fermes et sans équivoque, serait de lui extorquer la signature d’un procès-verbal falsifié. Ce document, qui scellerait frauduleusement le sort des urnes, proclamerait la victoire du président sortant Paul Biya.

“On veut nous faire signer un procès-verbal qui ne reflète en rien la volonté du peuple camerounais”, a affirmé Issa Tchiroma Bakary. Loin des résultats officiels qui commencent à filtrer, le candidat du FSNC affirme détenir les chiffres réels, issus de ses représentants déployés dans les bureaux de vote. “Les résultats qui nous parviennent de tout le territoire nous accordent plus de 80 % des voix. Le peuple a massivement voté pour le changement”, a-t-il soutenu, le visage marqué par une détermination sans faille.

Face à ce qu’il qualifie de “hold-up électoral en préparation”, Issa Tchiroma Bakary a lancé un appel solennel à la mobilisation. Il a interpellé les observateurs internationaux et nationaux, les journalistes et, surtout, les citoyens camerounais, les exhortant à ne pas rester silencieux face à ce qu’il perçoit comme une confiscation pure et simple de leur souveraineté. “Je promets de me tenir debout pour défendre la victoire du peuple. Nous ne laisserons pas voler notre triomphe”, a-t-il martelé.

Un scénario qui se répète

Cette annonce de Bafoussam résonne comme un sinistre écho dans l’histoire politique du Cameroun. Le pays a déjà été le théâtre de telles contestations, où la victoire proclamée de Paul Biya et de son Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) a été vivement contestée.

En 1992, le leader de l’opposition Ni John Fru Ndi du Social Democratic Front (SDF) avait crié au vol après une élection où la victoire lui était, selon ses partisans et de nombreux observateurs, arrachée. Le pays avait alors frôlé l’explosion. Plus récemment, en 2018, le professeur Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avait connu un sort similaire. Arrêté et emprisonné pendant des mois avec des dizaines de ses partisans pour avoir contesté les résultats et proclamé sa victoire, son cas avait alerté la communauté internationale sur les pratiques électorales douteuses à Yaoundé.

Aujourd’hui, avec Issa Tchiroma Bakary, c’est le même scénario qui semble se rejouer. Les “pieds et des mains” du RDPC pour maintenir coûte que coûte son emprise sur le pouvoir sont-ils en train de fabriquer une nouvelle crise ? La question est sur toutes les lèvres.

La crainte d’une nouvelle déception

Alors que la tension monte dans plusieurs villes du pays, les Camerounais s’interrogent, partagés entre l’espoir d’un changement et la crainte de revivre les déceptions du passé. La confiscation alléguée de la victoire d’Issa Tchiroma Bakary à Bafoussam n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg. Des témoignages similaires commencent à affluer d’autres régions, décrivant des pressions, des intimidations et des irrégularités dans la compilation des résultats.

Le peuple camerounais, une fois de plus, se trouve à la croisée des chemins. Va-t-il assister, impuissant, à ce que beaucoup perçoivent déjà comme un nouveau vol de sa victoire ? Ou parviendra-t-il, par une mobilisation citoyenne et une pression internationale accrue, à imposer le respect de sa volonté exprimée dans les urnes ? La suite des événements dans les prochaines heures, notamment la réaction des autorités face à ces accusations graves, sera déterminante pour l’avenir immédiat du Cameroun. Une chose est sûre : à Bafoussam et au-delà, l’annonce de la victoire d’Issa Tchiroma Bakary et les manœuvres qui l’entourent ont déjà plongé le pays dans une incertitude profonde et dangereuse.

Emmanuel Ekouli

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