On nous répète dans les beaux discours que le journaliste est le chien de garde de la démocratie. Sauf qu’au Cameroun, ce chien de garde ressemble davantage à un caniche décoratif qu’à un berger vigilant. Pendant que la démocratie se fait cambrioler à ciel ouvert, le chien, lui, roupille… ou attend son biscuit.

Et depuis la dernière élection présidentielle, une nouvelle race a émergé : les “chiens de garde du pouvoir”, spécialement dressés pour aboyer non pas contre les fraudeurs, mais contre ceux qui osent dénoncer la fraude. Une véritable brigade canine médiatique, recrutée et graissée à souhait pour mordre quiconque prononce les mots interdits : transparence, alternance, justice.

Ils passent sur les plateaux télé comme des croisés de la vérité, mais leur seule mission est de déclarer “circulez, il n’y a rien à voir” dès que quelqu’un évoque une irrégularité. L’expression courante pour eux est: “Seules les résultats d’Elecam font foi”. Et attention, ils ne sont pas bénévoles ! Non, ces chiens-là sont gracieusement nourris à la gamelle dorée, au point de narguer publiquement leurs confrères : “Toi aussi, pourquoi tu refuses d’entrer dans la bergerie ? Laisse les principes, pense au ventre !”
Pendant ce temps, les journalistes qui veulent encore enquêter, recouper, déranger… eux, on les traite de sorciers, de vendus à l’étranger, d’agents de déstabilisation, ou encore, membre du MRC. Certains finissent en garde à vue, d’autres en silence forcé… ou en exil.

Au Cameroun, le journaliste n’est plus le chien de garde de la démocratie, il est devenu soit chien domestique du pouvoir, soit chien errant de la vérité. Et dans les deux cas, il faut prier pour qu’un jour… il se rappelle enfin qu’il a des crocs.

Charles Chacot Chimé

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