Alors que le Cameroun digère les résultats officiels de la présidentielle du 12 octobre, une tension sourde persiste, bien différente des traditionnelles déclarations de victoire. Dans les coulisses du pouvoir, loin des projecteurs, une autre bataille se jouerait, non plus dans les urnes, mais dans le huis clos des bureaux administratifs et des communautés.
Selon plusieurs sources concordantes, une opération de « sécurisation de la paix » préoccupe les observateurs. Des préfets et des membres du gouvernement convoqueraient discrètement les chefs de communautés et les leaders d’opinion locaux. L’objectif affiché est d’apaiser les esprits et de prévenir toute velléité de contestation violente. Mais selon les détracteurs du régime, il s’agirait ni plus ni moins de menaces déguisées visant à étouffer dans l’œuf toute protestation, légitime ou non.
C’est dans ce climat particulier que la question soulevée par un citoyen, Me Emmanuel Simh, sur les réseaux sociaux, trouve un écho puissant. Son interrogation cinglante résume le malaise d’une frange de la population : « LA PAIX QU’ON NOUS PRÊCHE LÀ HEIN ! Donc si je comprends bien, un voleur rentre par effraction dans votre maison, emporte votre bien, et quand vous criez au voleur, on vous demande de faire moins de bruit, parce qu’on veut la paix au village ? »
Cette métaphore frappante illustre le sentiment d’injustice ressenti par les partisans de l’opposition, convaincus que le scrutin a été entaché d’irrégularités massives en faveur du camp sortant. Ils pointent du doigt une paix imposée par la peur plutôt que consentie par la justice. La suite du propos de M. Simh est encore plus directe : « Pire, on vous demande même de faire allégeance à votre bourreau sous peine de risquer la prison et vos enfants la mort par balles. C’est ça que je dois retenir ? »
Ces mots, bien que crus, capturent la perception d’une intimidation systémique. La stratégie des autorités semble être un verrouillage sécuritaire et psychosocial du pays pour empêcher toute répétition des troubles qui ont pu suivre des scrutins précédents. Les convocations des chefs traditionnels et communautaires s’inscriraient dans cette logique : ils sont tenus pour responsables du calme dans leurs circonscriptions, sous peine de représailles.
Alors que les canaux officiels de contestation, comme le Conseil Constitutionnel, ont validé les résultats, cette « paix » post-électorale semble fragile et contestée. Elle pose une question fondamentale sur sa nature même : est-ce la sérénité d’une nation ayant accepté le verdict des urnes, ou le silence contraint d’un peuple qui se sent dépossédé de sa voix ? La réponse à cette question définira l’horizon politique camerounais pour les années à venir, entre stabilité de surface et colère rentrée.
Emmanuel Ekouli
