Un rapport d’International Crisis Group s’interroge sur la hausse “spectaculaire” de la participation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, passée de 9% en 2018 à 46% en 2025, malgré un conflit armé persistant et des déplacements de population.

Dans son analyse de la présidentielle camerounaise d’octobre 2025, l’organisation International Crisis Group (ICG) relève des chiffres de participation “difficilement explicables” dans les régions anglophones en crise. Le taux de participation y est en effet passé de 9% en 2018 à 46% en 2025, une augmentation qui interpelle les observateurs dans un contexte d’insécurité persistante .

Une hausse spectaculaire dans un contexte hostile

Le rapport d’ICG, publié après la proclamation des résultats, souligne que les autorités électorales ont annoncé des taux atteignant jusqu’à 80% dans certaines zones rurales des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO). Ces chiffres surprennent alors que ces territoires sont secoués par un conflit armé entre forces gouvernementales et groupes séparatistes, qui a provoqué le déplacement de près d’un demi-million de personnes .

Cette forte participation est d’autant plus inattendue que les séparatistes avaient imposé un confinement de six semaines précisément pour empêcher la tenue du scrutin. Malgré cette mesure de boycott, qui a paralysé les activités économiques et restreint les déplacements, le taux de participation aurait donc quintuplé par rapport à 2018 .

Des résultats qui alimentent les soupçons

La lenteur du processus de publication des résultats a également été soulignée par ICG comme un facteur ayant renforcé les doutes sur la régularité du scrutin. Alors que les bureaux de vote ont fermé le 12 octobre et que la plupart des dépouillements étaient terminés dès 20 heures, il a fallu dix jours supplémentaires pour transmettre les résultats au Conseil constitutionnel .

Cette période d’attente a créé un vide propice aux suspicions, d’autant que l’opposant Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième selon les résultats officiels, avait bénéficié d’un fort soutien dans ces régions après avoir promis de libérer les leaders anglophones et d’engager un dialogue pour mettre fin au conflit .

Le gouvernement camerounais contre-attaque

Face à ces critiques, le gouvernement camerounais a réagi par la voix de son ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi. Ce dernier a dénoncé la partialité des partenaires internationaux et leur “position biaisée” .

“Le gouvernement entend rappeler qu’ils ne doivent en aucun cas se muer en donneurs de leçons”, a déclaré le ministre Sadi le 2 novembre, appelant à plus d’objectivité dans l’analyse des enjeux politiques camerounais et au respect mutuel des souverainetés .

Cette controverse s’inscrit dans une crise post-électorale plus intense que celle de 2018, selon ICG. L’organisation note que la base électorale du président Paul Biya dans le Nord n’est plus intacte comme auparavant, et que les manifestations de protestation ont été plus massives cette année .

La situation dans les régions anglophones reste donc au cœur des préoccupations, tant pour la crédibilité du processus électoral que pour l’avenir du dialogue dans ces régions en crise. Les interrogations soulevées par ICG pourraient influencer le positionnement des partenaires internationaux du Cameroun dans les prochaines semaines.

Emmanuel Ekouli

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