Depuis Ngaoundéré, le ministre de l’Administration Territoriale a annoncé la libération des mineurs arrêtés lors des manifestations récentes.
Plus encore, une soixantaine de jeunes détenus administratifs auraient retrouvé la liberté.
Bonne nouvelle ? Oui.
Suffisante ? Loin de là.
Car aucune réponse n’a été donnée aux questions essentielles :
Combien ont été réellement arrêtés sur toute l’étendue du territoire ?
Combien sont encore détenus ?
Combien ont été torturés, portés disparus ou ont perdu la vie ?
Où sont les preuves, les listes, les garanties ?
Libérer sans dire, c’est ouvrir la porte, mais laisser les clés dans l’ombre.
L’État de droit commence par 4 choses simples
Selon Me Hippolyte BT Meli, défenseur des victimes, un vrai début de justice ne se résume pas à une libération partielle. Il passe par :
1. Reconnaître publiquement les torts commis
2. Présenter des excuses officielles
3. Indemniser les victimes et leurs familles
4. Poursuivre et sanctionner les responsables
Sans cela, la libération n’est pas justice, elle n’est qu’un silence aménagé.
Les faits graves qui ne peuvent plus être niés
L’avocat accuse ouvertement le MINAT d’avoir été l’initiateur et le donneur d’ordres ayant conduit à :
– Des arrestations massives et arbitraires, suivies de détentions au secret,
– L’usage disproportionné d’armes contre des manifestants non armés,
– Des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires, et des disparitions,
– Le recours systématique aux tribunaux militaires pour juger des civils,
– Le contournement des règles constitutionnelles, sans déclaration d’état d’urgence.
En clair : une répression sans cadre légal, dans un pays qui se revendique pourtant État de droit.
La force ne résout pas les crises politiques
L’histoire est formelle : on ne pacifie pas un pays avec des fusils, on le stabilise avec la justice.
La contestation née des élections du 12 octobre ne s’éteindra pas par :
les arrestations
l’intimidation
la militarisation de l’espace civil
Mais par :
– La libération totale des détenus,
– Le retrait des forces armées des zones civiles,
– La vérité sur les morts et les disparus,
– Un processus politique crédible et inclusif.
La facture de la paix
Ce que l’État tente aujourd’hui d’éviter par la force, il pourrait demain le payer au prix fort :
celui de la stabilité nationale, de la cohésion et de la confiance publique.
Car au-dessus des gouvernements, il y a une constante :
le peuple, détenteur ultime de la souveraineté.
Libérer quelques-uns n’est pas libérer la justice.
Ce pays n’a pas besoin d’une paix proclamée.
Il a besoin d’une paix fondée sur la vérité, réparée par la justice, et garantie par le droit.
Et cela commence par une simple phrase que le pouvoir n’a pas encore dite :
“Nous reconnaissons. Nous regrettons. Nous réparons.”
Charles Chacot Chimé
