Une vive controverse secoue la diaspora camerounaise engagée dans le combat démocratique. Ce mercredi, plusieurs organisations et personnalités de la société civile ont pris position contre un décret signé le 16 avril dernier par Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et ex-candidat à la présidentielle d’octobre 2025, actuellement réfugié en Gambie. Ce texte nomme une série de « coordinateurs généraux » et « coordinateurs pays » au sein d’une entité qu’il présente comme relevant de la « Diaspora Combattante ».
Parmi les figures désignées figurent Robert Wanto (médiation), Collins Nana (suivi et évaluation) ou encore Émilie Roast (mobilisation des femmes). Pour l’Amérique du Nord, le Dr Calvin Fankem et Me Charles Mbakop sont respectivement coordinateurs pour le Canada I et II. En Europe, une douzaine de responsables sont listés, couvrant la Belgique, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les pays scandinaves.
Dans une déclaration solennelle rendue publique ce 18 avril, les signataires – parmi lesquels Brice Nitcheu (CODE, Londres), Patrice Ngassam (RA Canada), Marcel Tchangue (Fondation Moumie), Maître Pepin (BAS-Allemagne) ou encore le Mouvement de Février 2008 – reconnaissent à M. Tchiroma « la liberté de désigner, au sein de sa propre formation politique, les responsables qu’il juge utiles ». Toutefois, ils refusent catégoriquement que cette nomination vaille représentation de l’ensemble de la diaspora résistante, qualifiée d’« espace politique autonome, pluraliste et souverain ».
« Gratifications et relais d’attaque »
Les signataires regrettent une « confusion entretenue » entre le FSNC (parti de M. Tchiroma) et la nébuleuse militante de la diaspora. Ils estiment que plusieurs personnes nommées ne disposent ni de l’autorité morale, ni de l’enracinement militant nécessaires pour parler en son nom. Plus grave encore, ils soulignent que certains de ces coordinateurs se sont illustrés, ces derniers mois, par des campagnes hostiles visant Maurice Kamto et le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). « Ces nominations relèvent davantage d’une logique de gratification et de fidélisation de relais d’attaque que d’un véritable projet de structuration », peut-on lire dans le texte.
L’initiative est perçue comme une tentative de « brouillage, de division et de fragilisation » des forces résistantes, au bénéfice objectif du régime de Paul Biya – que M. Tchiroma a servi pendant des décennies avant sa rupture tardive et floue, selon les signataires. Ces derniers rappellent également que l’ex-ministre a longtemps « combattu, vilipendé ou marginalisé » la diaspora lorsqu’il exerçait de hautes responsabilités à Yaoundé.
Un appel à la vigilance et à la « refondation »
Les critiques portent aussi sur la dimension morale : les signataires demandent des « clarifications publiques » sur des allégations de corruption visant certains membres de l’équipe désignée, relayées dans une vidéo attribuée à Ben Modo, présenté comme proche de M. Tchiroma. Enfin, le fait que le décret ait été signé depuis la Gambie, et non depuis le Cameroun, renforce selon eux le « malaise politique et moral » entourant l’affaire.
En conséquence, les organisations appellent la diaspora à ne pas s’associer aux actions menées par ces individus dans le cadre de cette nomination « partisane ». Elles annoncent l’organisation prochaine d’une « grande rencontre de la Refondation, de la Rectification et du Sursaut National » pour réaffirmer l’indépendance du combat patriotique mené depuis trente ans. Elles exigent solennellement de M. Issa Tchiroma Bakary qu’il « cesse toute entreprise de confusion, d’instrumentalisation, de division et de déstabilisation ».
À l’heure où ces lignes sont écrites, l’intéressé, en exil gambien, n’a pas réagi à cette déclaration. La diaspora, elle, retient son souffle avant l’échéance de la rencontre annoncée.
Signataires cités : Brice Nitcheu, Emmanuel Kemta, Patrice Ngassam, Benjamin Ngachoko, Marcel Tchangue, Maître Pepin, Gisele T. Emegue, Janvier Kingue (Mouvement de Février 2008), Fabrice Nyambe, Dr Janvier Kingue (CEBAPH), Hugues Seumo (Comité Citoyen pour la Libération des prisonniers politiques au Cameroun), et d’autres.
Emmanuel Ekouli
