Yaoundé, 17 novembre 2025 – La crise post-électorale camerounaise entre dans une nouvelle dimension. Issa Tchiroma Bakary, qui s’est autoproclamé « Président élu » à l’issue du scrutin du 12 octobre dernier, a nommé ce jour, par décret, Maître Alice Nkom au poste de porte-parole de sa « Présidence Élue de la République ». Ce choix stratégique, aussi symbolique que provocateur, envoie un signal fort à la fois au régime de Paul Biya et à la communauté internationale.
Un décret dans la tourmente
Le document, frappé des armoiries de la République et largement relayé sur les réseaux sociaux, justifie cette nomination par la nécessité d’une communication « claire, légitime et responsable » face à ce que Tchiroma Bakary qualifie de « prise d’otage institutionnelle » empêchant l’expression de la volonté du peuple. L’avocate, figure emblématique et controversée de la société civile, est ainsi habilitée à s’exprimer au nom du président auto-proclamé et à coordonner sa stratégie de communication sur les scènes nationale et internationale.


Cette nomination intervient dans un contexte de tension extrême. Quelques jours plus tôt, Issa Tchiroma affirmait avec une détermination farouche : « Tuez-moi si vous voulez, mais je libérerai ce pays par tous les moyens », après que son domicile eut été la cible d’un assaut armé. Le pouvoir en place, par la voix du ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, avait déjà averti qu’aucune manifestation illégale ne serait tolérée.
Le pari audacieux d’une icône des droits humains
Le rattachement d’Alice Nkom au camp Tchiroma n’est pas une surprise. Dès le mois d’octobre, l’avocate de 79 ans, première femme inscrite au barreau du Cameroun en 1969, avait officiellement apporté son soutien au candidat. Elle voyait en lui l’expérience et la capacité à rassembler, déclarant : « Je fais ce choix parce qu’il sait que gouverner n’est pas un jeu d’enfant ».
Son parcours lui confère une stature unique. Depuis 2003, Alice Nkom a fondé sa notoriété et bravé les menaces en défendant sans relâche les droits des personnes LGBT+ dans un pays où l’homosexualité est criminalisée, affirmant : « je défendrai toujours les homosexuels parce qu’on les jette en prison comme des chiens ». Cette militante de la première heure, lauréate du prix des droits de l’homme d’Amnesty International, a toujours eu pour ennemi principal « l’ignorance ». Aujourd’hui, elle met sa verve et son courage au service d’une bataille politique d’une autre ampleur.
Une escalade verbale et politique
En choisissant Alice Nkom, Issa Tchiroma ne se contente pas de nommer une communicante. Il s’offre une caution morale et une tribune. Son propre discours en est transformé. Peu avant la proclamation des résultats, l’avocate galvanisait déjà les partisans de Tchiroma, assurant que « la victoire n’a jamais été aussi proche ». Sa nomination comme porte-parole officialise son rôle de pilier dans l’architecture de cette présidence parallèle et donne une voix puissante à la contestation.
La « Présidence Élue » espère, through this appointment, transformer un différend électoral national en un enjeu de crédibilité démocratique pour le régime de Paul Biya auprès de la communauté internationale. La suite dépendra de la capacité de Maître Nkom à porter la parole de son nouveau chef sur la scène internationale et à maintenir la pression dans un pays déjà traversé par des violences et des tensions.
Alors que le Cameroun retient son souffle, une chose est sûre : la crise vient de trouver une nouvelle interlocutrice, et celle-ci n’a pas l’intention de se taire.
Emmanuel Ekouli
