Le Cameroun s’apprête à tourner une page décisive de son histoire énergétique. Selon des informations concordantes, l’État devrait finaliser dans les prochaines heures la reprise de 100 % du capital d’Eneo, la compagnie nationale d’électricité, actuellement détenue par le fonds britannique Actis . Cette opération, impulsée directement par la présidence et présentée comme un acte de souveraineté économique, vise à remettre le secteur électrique entre les mains des pouvoirs publics après plus de deux décennies de gestion privée.
Une transaction pilotée au plus haut niveau
Le processus de renationalisation est supervisé par un comité interministériel placé sous l’égide du ministre des Finances, avec l’appui des ministres de l’Eau et de l’Énergie et de l’Économie . Pour mener à bien cette opération sensible, le gouvernement s’est adjoint les services du cabinet KPMG France, chargé d’évaluer la valeur des parts détenues par Actis . Les négociations financières s’annoncent complexes, le « ticket de sortie » du fonds britannique étant estimé autour de 119 millions d’euros (environ 78 milliards de FCFA), selon Africa Intelligence . Cette transaction intervient dans un contexte de changement de propriétaire pour Actis lui-même, racheté début 2024 par le géant américain General Atlantic, ce qui a pu complexifier les discussions finales .
Le défi financier colossal de la dette
Au-delà du rachat des actions, l’État hérite du fardeau financier d’Eneo, dont la dette cumulative atteint 800 milliards de FCFA fin 2024 . Cette somme comprend 500 milliards dus à des fournisseurs et 80 milliards de créances à recouvrer. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie considère Eneo comme un « risque budgétaire » pour l’État, l’entreprise peinant à couvrir ses dépenses d’exploitation et présentant un « risque élevé de cessation de paiement » . Le gouvernement prépare un plan de redressement complet qui inclut la réorganisation de cette dette d’ici 2026 .
Modernisation et souveraineté énergétique
Cette renationalisation s’inscrit dans une stratégie plus large de regain de contrôle public sur les services essentiels, à l’image du secteur de l’eau, où l’État avait déjà mis fin à la concession de la Camerounaise des Eaux (CDE) . Pour le gouvernement, il s’agit de moderniser un réseau vieillissant, de garantir une meilleure qualité de service et de maîtriser les investissements dans l’électricité, pilier du développement économique. Cette ambition s’appuie sur des projets structurants récents, comme la mise en service du barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW), qui a accru la capacité nationale de 30 % .
Un avenir sous tension
Si la renationalisation d’Eneo symbolise une reprise en main politique, sa réussite pratique dépendra de la capacité des autorités à résoudre l’équation financière, à améliorer la gouvernance du secteur et à concrétiser les investissements nécessaires. Le pari est de taille, mais il ouvre un nouveau chapitre pour la sécurité énergétique du Cameroun.
Emmanuel Ekouli
