Yaoundé — Le Cameroun pleure dans l’amertume et la honte. Un nouveau nom s’inscrit au registre macabre des martyrs du régime Biya : Anicet Ekané. Sa mort en détention, lente, ignoble, programmée, n’est pas une simple tragédie. C’est un crime de non-assistance à personne âgée en danger, un assassinat par négligence délibérée, un meurtre politique froidement administré par un système dont la brutalité n’a plus de limite. Son crime ? Avoir tendu une main fraternelle à des opposants. Son châtiment ? Une fin de vie innommable, volée par la rancune d’un pouvoir sénile et vindicatif.

La nouvelle de son décès, étouffée puis propagée par le chuchotement effaré d’un peuple sous le joug, traverse toutes les régions comme un cri de douleur et de révolte. Anicet Ekané n’était pas qu’un détenu. C’était une personnalité respectée. Sa disparition interroge non pas la loi — depuis longtemps piétinée à Yaoundé — mais la CONSCIENCE. La CONSCIENCE HUMAINE toute entière.

Une question obsédante frappe à la porte de chaque citoyen, de chaque responsable, de chaque complice par son silence : Suis-je digne de conscience quand je laisse mourir sans soins un malade, juste parce que je le déteste politiquement ? Le régime Biya, dans son essence même, a répondu par l’affirmative. Il a transformé les cellules de New Bell, de la SED, en mouroirs où l’on achève par l’abandon. Où la maladie devient une arme. Où la vieillesse est une vulnérabilité exploitée par la barbarie d’État.

Et nous, Camerounais, dans tout cela ? Suis-je un bon commerçant lorsque je garde ma boutique ouverte, mes véhicules en circulation, pendant qu’à côté, mes voisins pleurent Anicet Ekané ? L’indifférence est-elle devenue notre linceul national ? Homme camerounais épris de justice, ai-je ma conscience tranquille lorsque je ne m’indigne pas devant ces arrestations et détentions sans jugement, devant ces kidnappings qui remplacent la procédure légale ?

Comment, sans le moindre effroi, pouvons-nous encore nous réclamer du pays des « INDOMPTABLES » ? Cette devise sonne aujourd’hui comme une moquerie sinistre. Au fait ! C’est quoi, être indomptable, si ce n’est pas le droit absolu, le devoir sacré, de refuser d’être corrompu, alors même qu’en face, on nous promet les miettes des biens mal acquis ? Indomptable, c’était Anicet Ekané, qui a refusé de plier l’échine. Indomptables sont ceux qui, aujourd’hui, osent encore dire son nom. Les vrais lâches, les vrais domestiqués, sont ceux qui orchestrèrent sa chute.

Car derrière cette mort, il y a une chaîne criminelle, un cortège de bourreaux en costume et en uniforme. Une véritable enquête parallèle — que le régime étouffera — doit être menée dans la mémoire du peuple :

· Ceux qui l’ont arrêté sur ordre venu d’en haut, par peur de sa popularité et de sa solidarité.
· Ceux qui l’ont déporté de Douala à Yaoundé sur « l’axe de la mort », trajet souvent fatal, dans des conditions inhumaines.
· Ceux qui ont pris la décision de sa détention illimitée, sans motif, sans jugement, signant son arrêt de mort administratif.
· Ceux qui lui administraient des soins a minima, le regardant dépérir jour après jour, exécutant la consigne de le briser.
· Ceux qui ont confisqué ses appareils et son véhicule, pillant ses biens sous couvert de « procédure », dans un brigandage d’État caractéristique.
· Ceux qui ont arrêté son chauffeur en le dépouillant, ajoutant le vol au kidnapping.
· Ceux qui l’ont croupir à New Bell, dans la puanteur et le désespoir.
· Ceux qui, dans la même logique de terreur, ont kidnappé la Trésorière du MANIDEM et la maintiennent en détention, car dans ce pays, la compassion est devenue un délit.

Cette liste est un acte d’accusation. Chaque maillon est complice d’un homicide.

Anicet Ekané est mort pour avoir cru en la fraternité et en un Cameroun différent. Il est mort parce que, depuis 42 ans, un système s’est construit sur l’élimination des consciences libres, sur l’avilissement du peuple, sur la conversion de la puissance publique en instrument de vengeance.

Humblement, devant l’immensité de son sacrifice, nous nous inclinons devant son œuvre patriotique et sa mémoire. Mais l’heure n’est pas qu’au recueillement. Elle est à la fureur juste. Elle est au refus catégorique.

Que son âme, libérée des geôles terrestres, trouve enfin la paix, la vraie PAIX éternelle. Et que son martyr allume dans chaque conscience camerounaise une flamme inextinguible de révolte, jusqu’à ce que justice soit rendue, et que tombe, enfin, le mur de la peur et de la complicité. Le sang d’Anicet Ekané crie du sol. L’entendra-t-on ?

Emmanuel Ekouli

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