Yaoundé – Le langage est direct, le ton martial. Dans une circulaire dont la teneur a été révélée cette semaine, le Délégué Général à la Sûreté Nationale (DGSN), Martin Mbarga Nguele, a adressé un rappel à l’ordre d’une rare fermeté à l’ensemble des fonctionnaires de Police. Le patron de la police camerounaise entend remettre de l’ordre dans les rangs, tant sur le plan vestimentaire que déontologique.
Le constat est sans appel : depuis trop longtemps, l’indiscipline et le laisser-aller se sont invités dans les commissariats et sur la voie publique. Dans sa directive, Martin Mbarga Nguele fustige sévèrement le “relâchement” vestimentaire de certains agents. Le temps où l’uniforme faisait office de seconde peau semble révolu pour quelques-uns, qui arborent désormais des tenues non réglementaires, des coiffures jugées “extravagantes” ou encore des piercings, accessoires pour le moins incongrus au regard de la dignité de la fonction.
Le DGSN ne s’arrête pas à l’esthétique. Il pointe avec une vigueur particulière un fléau moderne : l’usage irresponsable des réseaux sociaux. La note circulaire épingle sans détour les policiers qui s’affichent en uniforme sur Facebook ou WhatsApp, ainsi que ceux qui prennent position sur des questions de politique nationale. Une attitude qui, selon le Délégué Général, “porte gravement atteinte à la neutralité et au devoir de réserve”, piliers fondamentaux d’une police républicaine.
Le secret et les décorations sous haute surveillance
Autre point de friction, et non des moindres : le respect du secret professionnel. Alors que la fuite de documents administratifs est devenue monnaie courante sur la toile, Martin Mbarga Nguele a décidé de frapper fort. Il est désormais interdit de partager des documents classifiés “Confidentiel” ou “Secret”. Toute fuite sur le Web, même involontaire, entraînera une traduction systématique devant le Conseil de Discipline, sans préjudice d’éventuelles poursuites judiciaires. Le message est clair : la sécurité de l’État et la confidentialité des enquêtes ne sauraient être sacrifiées sur l’autel du buzz numérique.
Enfin, la circulaire revient sur un point de protocole souvent ignoré. Les décorations étrangères ou distinctions honorifiques ne peuvent être portées sans une autorisation expresse du Président de la République, Paul Biya. Une manière de rappeler que la souveraineté nationale et la hiérarchie des valeurs s’appliquent jusque sur la poitrine des uniformes.
Pour veiller au grain, le DGSN a donné pour instruction à la Division Spéciale de Contrôle des Services de traquer sans merci les manquements. Avec cette mise en garde historique, Martin Mbarga Nguele réaffirme sa volonté de préserver “l’image de marque et la dignité de la Sûreté Nationale”. Face aux dérives du numérique et à l’indiscipline caractérisée, le temps de l’impunité vestimentaire et déontologique est officiellement révolu dans les rangs de la police camerounaise.
Emmanuel Ekouli
