Bruxelles, le 20 mars 2026 – L’avenue Brugmann, habituellement paisible dans le quartier résidentiel d’Uccle, a été le théâtre d’une mobilisation historique ce vendredi 20 mars. Près de 300 Camerounais, venus des quatre coins de l’Europe et même d’Amérique du Nord, ont répondu présent à l’appel de la diaspora combattante pour une manifestation de grande envergure devant l’ambassade du Cameroun, située au numéro 131.

Dès 10 heures du matin, le rassemblement a pris une ampleur symbolique. Les manifestants, arborant fièrement les couleurs vert, rouge et jaune du drapeau camerounais, ont déferlé sur l’artère bruxelloise avant d’entamer un cortège en direction du Palais de Justice. Loin des débordements parfois redoutés, ce fut un « pari respecté », comme le soulignaient les organisateurs, celui d’une contestation pacifique mais ferme contre le régime en place à Yaoundé.

Un cri d’alarme européen

Si le lieu était symbolique, la composition de la foule l’était tout autant. Contrairement aux manifestations habituellement centrées sur la communauté locale, celle-ci a revêtu un caractère transnational inédit. Des délégations venues de France, d’Allemagne, d’Italie, de Suisse, mais aussi des États-Unis et du Canada ont fait le déplacement pour se joindre aux Belges. Une unité rare qui témoigne de l’urgence ressentie par une diaspora déterminée à ne pas laisser la situation politique camerounaise sombrer dans l’oubli des chancelleries européennes.

Pancartes en main et slogans scandés en français et en anglais, les manifestants ont martelé leurs revendications. Au cœur des colères : la détention jugée illégale de prisonniers politiques, que la diaspora assimile à des « otages d’État ». Les affiches réclamaient la libération immédiate de ces figures de l’opposition et des activistes de la société civile emprisonnés ces dernières années.

Dénonciation d’un « système »

Au-delà des cas individuels, la contestation visait des cibles structurelles. Les discours se sont succédé au micro pour dénoncer ce que les orateurs qualifient de « dérive autoritaire ». Deux sujets brûlants ont particulièrement nourri la colère des participants : la fraude électorale, dénoncée comme un outil systématique de maintien au pouvoir, et la modification controversée de la Constitution camerounaise.

Pour les organisateurs, cette réforme constitutionnelle, perçue comme une manœuvre visant à verrouiller les institutions, est le symbole d’un « système Biya » qui, selon eux, s’éloigne chaque jour un peu plus des aspirations démocratiques du peuple camerounais. « Nous ne sommes pas contre un pays, nous sommes contre un système de gouvernance qui méprise sa propre population et qui utilise l’appareil d’État pour museler l’opposition », a déclaré un porte-parole de la coordination européenne sous couvert d’anonymat.

Un succès sous l’œil vigilant des autorités belges

Dès les premières heures de la matinée, la police belge avait déployé un dispositif sécuritaire conséquent aux abords de l’ambassade et sur l’itinéraire de la marche. Les autorités locales, habituées à ce type de manifestations diplomatiques dans le quartier européen et ses alentours, ont fait preuve de professionnalisme.

La manifestation s’est finalement déroulée « sans heurts », selon les constatations des forces de l’ordre. À l’exception de quelques échauffourées verbales avec des contre-manifestants pro-régime, brièvement isolées par les services d’ordre, la journée a été marquée par une discipline exemplaire. Les manifestants ont dispersé le cortège en début d’après-midi, comme convenu avec la ville de Bruxelles, laissant derrière eux l’avenue Brugmann jonchée de tracts et de drapeaux, mais surtout l’image d’une diaspora soudée.

Cette mobilisation du 20 mars 2026 restera comme l’une des plus importantes de la communauté camerounaise en Belgique ces dernières années. Elle intervient dans un climat politique tendu au Cameroun, à l’approche des échéances électorales futures. Pour la diaspora, le message est clair : l’exil ne signifie pas l’abandon, et l’Europe demeure une tribune privilégiée pour interpeller la communauté internationale sur la situation des droits de l’Homme dans l’ancienne colonie belge.

Vincent Fotso, correspondant à Bruxelles

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