Paris, le 25 avril 2026. Le soleil printanier peine à réchauffer l’atmosphère glaciale qui régnait ce matin sur la Place de la République. Pourtant, ils étaient là. Des milliers de Camerounais, venus de toute l’Europe et d’ailleurs, unis par une même douleur et un même cri de colère. Non pas pour célébrer, mais pour accuser.

Georges Anicet Ekané aurait eu 75 ans le 17 avril dernier… Il ne les a pas eus. Ce lundi 1er décembre 2025, il est mort dans l’indifférence apparente d’un État qui l’avait emprisonné, avant de l’abandonner. Figure historique de l’opposition, le président du Manidem a succombé au Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé, étouffant littéralement faute de soins adaptés. Il payait son seul « crime » : avoir osé contester, à 74 ans, la réélection frauduleuse de Paul Biya. Comme le rappelait ce samedi Me Alice Nkom sur les pancartes déployées à Paris, cet homme est la énième victime d’un système qui n’accepte ni la contradiction, ni la lumière.

Sous le regard fier de Marianne, la procession s’est élancée dans les artères de la capitale française. Une banderole ouvrait la marche, brutale de simplicité : « Biya, la France ne doit pas t’oublier. La République, c’est ici ! »

Cette phrase, aussi provocatrice soit-elle, résume à elle seule la situation d’un pays, le Cameroun, plongé dans une impitoyable régression sous la férule d’un nonagénaire de 92 ans, accroché à un 8e mandat ayant dévasté les dernières libertés. Pendant que le monde défile ici, au pays, l’espoir se meurt.

Dans les rangs de la marche, les anonymes brandissaient les photos des « 45 de Douala ». Emprisonnés arbitrairement, ils attendent toujours d’être jugés, abandonnés dans les geôles par une justice devenue un simple jouet aux mains du pouvoir. A quelques kilomètres de la Place de la République, ce silence assourdissant de la communauté internationale est une complicité active.

Car pendant que la diaspora se serrait les coudes, à Yaoundé ce sont les rumeurs et nouvelles de la nomination du nouveau vice-président de la République, réforme constitutionnelle taillée sur mesure pour verrouiller la succession jusqu’en 2032 qui font polémiques. Paul Biya, complètement absent depuis des mois, tisse son héritage dans le sang. Face à l’agonie du Nord-Ouest et du Sud-Ouest anglophone et la grogne sociale, le régime répond par la répression systématique. Les « villes mortes » ont laissé place aux cimetières où l’ONU dénombre désormais officiellement 48 morts, fusillés pour avoir osé protester contre la confiscation des urnes.

Au milieu de cette foule parisienne, une jeune femme pleure en silence. Sur son T-shirt, un portrait souriant d’Anicet Ekané. « Il est mort pour que nous sachions que nous méritons mieux que la peur, mieux que la faim. Le régime Biya est une mascarade barbare. »

Sa voix se brise. Mais ce samedi 25 avril 2026, la voix de tout un peuple, clamée haut et fort sur le bitume parisien, était une promesse que la France ne peut plus ignorer.

La colère est là, bien réelle. Le Cameroun saigne. Et la dictature douce et feutrée de Paul Biya semble plus que jamais vaciller sur son trône de cendres.

Emmanuel Ekouli

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