Douala – L’industrie brassicole camerounaise vient de franchir un cap décisif. L’Union Camerounaise de Brasseries (UCB), acteur historique du secteur, commercialise désormais plusieurs de ses boissons emblématiques en format canette. Une révolution silencieuse portée par sa toute nouvelle usine Moungo, implantée à la périphérie de Douala, sur le site de la Kadji Sports Academy.
Au menu de cette diversification : la célèbre Kadji Beer, désormais disponible en canettes dans les grandes surfaces de la capitale économique, la boisson non alcoolisée Spécial Pamplemousse, et la toute jeune boisson énergisante KiQ, lancée en 2024. Un trio gagnant qui répond à une demande croissante des consommateurs en quête de praticité.
« Le format canette est très prisé lors des cérémonies, des pique-niques ou des événements sportifs. Il facilite le transport, se refroidit rapidement et élimine les risques de casse liés au verre », explique un responsable commercial d’UCB, rencontré dans un supermarché de Douala.
Une usine à 100 milliards FCFA
L’usine Moungo, joyau industriel récemment inauguré, représente un investissement colossal d’environ 100 milliards de francs CFA. Sa capacité annuelle atteint 2 millions d’hectolitres, soit l’équivalent de la première usine historique de Douala-Bassa. Un doublement des capacités de production qui permet à UCB de répondre efficacement à la demande locale, mais aussi de préparer sa conquête régionale.
L’objectif affiché est clair : réduire l’espace occupé sur les étals par les boissons importées, souvent introduites de manière frauduleuse. En 2016, quelque 300 000 hectolitres de bières en canettes en provenance de l’étranger avaient été dénombrées sur le marché parallèle, pour une valeur estimée à 12 milliards FCFA. Une hémorragie économique que les autorités et les industriels locaux entendent bien endiguer.
Conquête ouest-africaine : la Côte d’Ivoire en ligne de mire
Mais l’ambition d’UCB ne s’arrête pas aux frontières du Cameroun. L’entreprise a annoncé l’ouverture prochaine d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, première étape d’une offensive vers toute l’Afrique de l’Ouest. Le choix du format canette n’est pas anodin : plus léger, plus résistant et mieux adapté au transport longue distance que la bouteille en verre, il constitue un atout logistique majeur pour traverser les frontières.
Sur le marché ouest-africain, UCB devra toutefois composer avec une concurrence bien implantée. La Société Africaine de Brasserie (SABC), filiale du groupe Castel, est déjà active sur le segment des canettes depuis 2017. Le duel s’annonce serré, mais UCB mise sur la qualité de ses recettes et la force de ses marques locales pour séduire de nouveaux palais.
Un tournant stratégique pour l’industrie locale
Avec cette montée en puissance, UCB ne se contente pas d’innover : elle sécurise ses parts de marché et affirme sa volonté de devenir un acteur régional majeur. En internalisant la production de canettes, elle réduit sa dépendance aux importations et lutte activement contre la fraude transfrontalière.
« C’est une réponse directe aux importations illégales qui ont longtemps fragilisé le secteur. Produire localement, en grands volumes et dans des formats adaptés aux marchés modernes, c’est la clé pour reconquérir le consommateur camerounais et ouest-africain », analyse un expert du secteur.
Reste à savoir si le pari paiera face à des géants déjà solidement ancrés. Mais avec une usine flambant neuve, des marques populaires et une stratégie régionale claire, UCB semble avoir tous les atouts en main pour écrire une nouvelle page de son histoire. Une chose est sûre : la canette a désormais trouvé sa place dans le paysage brassicole camerounais.
Emmanuel Ekouli
