Nommé secrétaire général du ministère chargé de la Modernisation de l’État et de la Fonction publique, Nfaly Sylla ajoute une nouvelle ligne à un parcours qui l’a mené des mines de bauxite aux couloirs du numérique guinéen. Retour sur une trajectoire qui dit autant sur l’homme que sur les orientations actuelles de l’administration guinéenne.

Un profil forgé par les ressources naturelles

Avant de gravir les échelons de l’appareil d’État guinéen, Nfaly Sylla a fait ses armes aux États Unis dans le secteur financier, occupant successivement des postes chez Citi puis Merrill Lynch entre 2010 et 2013, avant de diriger la société Afrisek Group pendant près de quatre ans. Ce passage par le monde de la finance américaine et de l’investissement dans les marchés émergents forme un socle rarement mentionné mais probablement déterminant pour ce qui allait suivre.

C’est en 2016 que son parcours guinéen prend forme, avec sa nomination comme assistant technique du ministre des Mines et de la Géologie, poste qu’il occupera pendant six ans. Cette période le place au cœur de dossiers stratégiques pour l’économie guinéenne, notamment les négociations avec le groupe chinois Chinalco et la conclusion d’un accord avec Chalco portant sur le développement d’une mine de bauxite et d’une usine d’alumine. Il participe également à des échanges avec la direction du groupe minier canadien IAMGOLD à Toronto. Ces expériences le placent directement dans les grands équilibres qui structurent l’économie extractive guinéenne, un secteur qui reste le principal pourvoyeur de devises du pays.

Le virage numérique

À partir de décembre 2021, Nfaly Sylla change de secteur pour devenir directeur de cabinet au ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, fonction qu’il occupe pendant plus de quatre ans. Ce passage coïncide avec une période où la Guinée, comme plusieurs pays de la région, cherche à structurer sa transformation numérique et à en faire un levier de développement économique. En mai 2026, il est promu conseiller principal au ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, intégrant l’équipe exécutive du département.

Parallèlement à ces fonctions ministérielles, il siège au conseil d’administration de l’Office guinéen de la propriété industrielle depuis 2022 et à celui de la Loterie nationale guinéenne depuis la même année, deux organes qui témoignent d’une implication plus large dans la gouvernance des institutions publiques. Il a également été conseiller chargé des affaires extérieures de la Fédération guinéenne de basketball entre 2021 et 2024, une fonction qui ajoute une dimension moins institutionnelle mais révélatrice de son inscription dans la vie publique guinéenne au sens large.

Une nomination qui s’inscrit dans une continuité

Sa nomination au secrétariat général du ministère de la Modernisation de l’État et de la Fonction publique le place désormais aux côtés du ministre Faya François Bourouno, avec pour mission de contribuer à la réforme de l’administration publique guinéenne. Dans le message qu’il a publié pour annoncer cette nomination, il a adressé ses remerciements au président Mamadi Doumbouya ainsi qu’au directeur de cabinet de la Présidence, tout en rendant hommage à ses parents disparus dont il dit que l’éducation et les valeurs continuent de guider son parcours.

Ce passage d’un secteur à l’autre, des mines au numérique puis à la réforme administrative, dessine le profil d’un cadre que l’État guinéen mobilise sur des chantiers considérés comme prioritaires plutôt que sur un domaine de spécialisation unique. La modernisation de l’État et de la fonction publique constitue un axe régulièrement mis en avant par les autorités guinéennes depuis l’arrivée au pouvoir du président Doumbouya, dans un contexte où la réforme administrative est présentée comme une condition de l’efficacité des politiques publiques.

Reste à savoir comment cette nomination se traduira concrètement. Les secrétariats généraux ministériels jouent en général un rôle charnière entre l’impulsion politique donnée par le ministre et la mise en œuvre technique par l’administration. Le profil de Nfaly Sylla, mêlant expérience du secteur privé, connaissance fine des dossiers miniers et pratique récente des enjeux numériques, pourrait constituer un atout dans un ministère dont la mission touche à la fois à l’organisation de l’État et à sa capacité d’adaptation aux outils modernes de gestion publique.

Par Baltazar Atangana

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