Yaoundé – Le 20 août 2026, après 74 jours d’une absence aussi longue qu’opaque en Suisse, Paul Biya a foulé le sol camerounais. Mais ne vous y trompez pas : ce retour n’a rien d’un simple voyage. C’est une mise en scène minutieusement orchestrée par un régime en état d’alerte, une tentative désespérée de maintenir l’illusion d’un pouvoir qui n’existe plus que dans les images soigneusement léchées de la télévision d’État. Pendant que le président fantoche joue à cache-cache avec la réalité, ce sont les contribuables camerounais qui paient la note de cette comédie macabre.
Le contrôle de l’image : une dictature du paraître
L’enquête exclusive de Jeune Afrique lève le voile sur un dispositif de communication digne d’un État totalitaire. Pour ce retour, la présidence a verrouillé l’accès au tarmac de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Seule la CRTV, la télévision publique docile, a été autorisée à filmer. Et encore, pas en direct, mais avec un léger différé. Un « léger différé » qui permet au pouvoir de découper, trier, et jeter à la poubelle toute image qui trahirait la vérité : un pas chancelant, une main tremblante, une seconde de faiblesse.
Et on comprend pourquoi ils sont si nerveux. Souvenez-vous du 20 mai dernier. Alors qu’il recevait au palais d’Etoudi, les caméras de la CRTV ont brutalement coupé l’image alors que le président était pris d’un malaise, le faisant disparaître des écrans pendant de longues minutes. Un incident que le régime a tenté d’enterrer, mais que l’enquête de Jeune Afrique exhume aujourd’hui. Depuis, la consigne est claire à la CRTV : interdiction formelle de montrer un président à la motricité difficile. Les journalistes sont même priés de se présenter sans téléphone portable pour éviter toute fuite d’image.
Un roi nu, porté par une grue et le sang des contribuables
L’enquête révèle une scène d’une tristesse et d’une absurdité confondantes. Pour éviter à Paul Biya « l’effort physique » de descendre les marches de l’Airbus, un engin de levage spécial a été réquisitionné. L’opération, qui s’est déroulée côté droit de l’appareil, loin des caméras, n’a pas été filmée. On ne saura donc pas voir le « maître du Cameroun » hissé comme un colis fragile jusqu’au tarmac. Une image qui en dit long sur son état réel, que le gouvernement s’évertue à nier en répétant comme un mantra : « Le président n’est pas malade, il travaille. »
Mais selon les informations de Jeune Afrique, Paul Biya a subi une intervention chirurgicale au genou à Genève, une opération qui n’a fait qu’aggraver sa dépendance. Et cette dépendance, elle a un coût. Un coût exorbitant que les Camerounais, déjà asphyxiés par la vie chère, paient sans leur consentement. Frais médicaux de pointe en Suisse, location d’Airbus privatifs, logistique sécuritaire démesurée, dispositif de levage sur mesure, salaires de toute une armée de conseillers en communication pour maquiller la réalité : pendant que Biya est aux soins, le peuple, lui, crève de faim et d’un manque de soins criant.
L’opacité comme seule politique
Ce n’est pas un retour, c’est une insulte à l’intelligence de tout un peuple. Pendant 74 jours, le Cameroun a été gouverné par un président absent, invisible, dont on ne savait même pas s’il était vivant. Et à son retour, au lieu d’explications claires sur sa santé et sa capacité à gouverner, on nous sert une propagande visuelle dégueulasse, un flot d’images aseptisées où l’on cache un vieillard diminué pour perpétuer l’illusion du pouvoir.
À l’heure où les Camerounais meurent dans l’indifférence à l’extrême-nord, où l’économie est en berne et où les opposants sont muselés, le régime de Yaoundé ne trouve rien de mieux à faire que de dépenser des fortunes pour cacher la décrépitude de son chef. Paul Biya n’est plus un président, il est devenu un fardeau, un boulet financier et politique que l’on traîne comme un mal nécessaire pour préserver les privilèges d’une caste.
La question qui fâche : que cache-t-on ?
Entre la tentative de coup d’État institutionnel via un faux décret à la CRTV pendant son absence, et ce retour sous haute surveillance médiatique, une question demeure, plus pressante que jamais : Paul Biya est-il encore capable d’exercer ses fonctions ? Le régime répond par le contrôle des images, les journalistes sans portable et les diffusions en différé. Une réponse qui en dit long sur la vacuité du pouvoir et le mépris total dans lequel il tient les Camerounais.
Il est temps que le peuple camerounais ouvre les yeux. Derrière l’écran de fumée de la CRTV, c’est un régime moribond qui tente de survivre en nous prenant pour des imbéciles. Mais les images ne trompent pas : ce retour est celui d’un roi nu, dont la seule puissance réside désormais dans la peur qu’il inspire à ses propres gardiens. Et cette peur, c’est encore nous, les contribuables, qui la payons.
Emmanuel Ekouli
