À un âge où la plupart des athlètes profitent d’une retraite méritée, l’attaquant japonais continue d’écrire sa légende. Ce mercredi, il a inscrit deux buts en Coupe de l’Empereur, comme un clin d’œil à l’éternité.


Il s’appelle Kazuyoshi Miura. Pour les intimes, « King Kazu ». À 59 printemps, il porte encore le maillot de Fukushima United, en troisième division japonaise, et il court. Il court après des ballons, après des défenses, après le temps qui passe et qui, visiblement, n’ose pas le rattraper.

Ce mercredi 19 août, devant des gradins qui vibraient comme aux plus belles heures, il a marqué. Pas une fois. Deux fois. Un doublé. Comme pour dire : « Je ne suis pas encore prêt à ranger les crampons. »

Un penalty, un sourire, une éternité

À la 12ᵉ minute, il s’élance. Le ballon au point de penalty, le stade en apnée. Il frappe. Le gardien plonge du mauvais côté. 1-0. Fukushima United entame sa démonstration face à Oyama (7-0). Mais ce n’est pas un simple but. C’est une déclaration d’amour au football, une lettre ouverte à tous ceux qui pensent que l’âge est une frontière.

À la 55ᵉ minute, il récidive. Une nouvelle fois, le cuir finit au fond des filets. 5-0. L’ovation est immense. Pas seulement pour le geste technique, mais pour l’homme, pour le symbole. Un homme de 59 ans qui, dans un sport de jeunes, continue de faire trembler les filets et les cœurs.

« J’étais super heureux de voir tout le monde célébrer »

Fin juillet, il avait déjà marqué, mettant fin à une disette de quatre ans sans but. Ce jour-là, il avait confié, avec une humilité désarmante : « Je voulais être à la hauteur des attentes, surtout vis-à-vis du coach qui m’a laissé jouer. J’étais surtout super heureux de voir que, même avec notre avance, les joueurs, le staff, comme les fans ont allègrement célébré ce but. »

Ces mots en disent long. Ils racontent un compétiteur qui ne se prend pas pour une légende, mais un coéquipier qui aime partager la joie simple d’un ballon au fond des filets. Ils racontent aussi une équipe, un club, des supporters qui ont compris qu’ils vivent quelque chose d’unique : voir un mythe en mouvement, encore et toujours.

Et après ?

Miura n’a pas encore disputé de minutes en championnat cette saison. Fukushima United a perdu ses deux premiers matchs de J3. Mais la Coupe de l’Empereur, elle, offre une parenthèse enchantée, un théâtre où le temps semble suspendu.

Que cherche-t-il, « King Kazu » ? Un record ? Sans doute pas. Il a déjà tout. La longévité, le respect, l’admiration. Peut-être simplement le plaisir. Ce plaisir pur, presque enfantin, de taper dans un ballon, d’entendre le bruit du filet qui se soulève, de sentir l’herbe sous ses pieds.

Jusqu’où ira-t-il ? La question, tout le Japon se la pose. Mais en vérité, elle importe peu. Parce que chaque match, chaque but, chaque minute passée sur un terrain est une victoire. Une victoire sur le temps, sur les doutes, sur l’usure.

Un modèle qui dépasse le sport

Kazuyoshi Miura n’est pas seulement un footballeur. Il est une leçon de vie. Il nous rappelle que la passion n’a pas d’âge, que les rêves ne s’éteignent pas avec les années, que l’on peut continuer à avancer, même quand le monde nous dit qu’il est temps de s’arrêter.

À Fukushima, terre meurtrie par la catastrophe de 2011, il porte aussi un espoir. Un symbole de résilience. Si un homme de 59 ans peut encore marquer, alors tout est possible. Alors la vie continue. Alors on peut se relever.

Ce mercredi soir, sous les projecteurs de la Coupe de l’Empereur, Kazuyoshi Miura n’a pas seulement inscrit deux buts. Il a offert un spectacle, une émotion, une bouffée d’éternité. Et nous, spectateurs d’un monde pressé, nous avons eu le privilège de voir, une fois encore, que le football est bien plus qu’un jeu : un art de vivre, sans limite d’âge.

Jusqu’où ira-t-il ? Peut-être plus loin que nous tous. Peut-être jusqu’à la prochaine fois, jusqu’au prochain penalty, jusqu’au prochain sourire. Et ça, pour l’instant, nous suffit.


Kazuyoshi Miura est né le 26 février 1967. Il a commencé sa carrière professionnelle en 1986. Il a porté les couleurs de clubs prestigieux comme le Santos, le Genoa ou le Dinamo Zagreb. Il est toujours en activité. Il a 59 ans. Il court. Il marque. Il vit.

Edwige Christine Mekoui

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