Paris – Ce samedi 10 octobre, devant l’ambassade du Cameroun, la diaspora a fait entendre ce que le pouvoir de Yaoundé s’épuise à faire taire. Un an après le scrutin du 12 octobre 2025, la colère n’est pas retombée. Elle s’est organisée.
Les manifestants le disent sans détour : ce scrutin était « le hold-up de trop ». Dans leur déclaration finale, ils rappellent que la confiscation de la volonté populaire n’a rien d’un accident. Elle est devenue une méthode, rodée en 1992 contre John Fru Ndi, répétée en 2018 contre Maurice Kamto, puis imposée en 2025 avec une désinvolture presque insultante. Le pouvoir ne cherche même plus à convaincre. Il proclame, il verrouille, il réprime.
Car voilà ce que M. Biya offre aux Camerounais après plus de quatre décennies au sommet de l’État : des hôpitaux qui ressemblent à des mouroirs, des écoles insalubres, des routes absentes, des quartiers noyés faute de drains, des villes qui croulent sous leurs ordures. L’eau potable et l’électricité restent des promesses dans un pays pourtant riche de ses ressources. Cette pénurie n’a rien de naturel. Elle s’explique par la gabegie, le népotisme et les détournements de grande ampleur, dans un système où la corruption est reconnue bien au-delà des frontières nationales.
À ce naufrage social s’ajoute une machine répressive. Les manifestants dénoncent les détentions arbitraires, la torture, l’interdiction de se réunir et les assassinats politiques. Ils nomment Martinez Zogo, le journaliste dont la mort a glacé la profession. Ils nomment Anicet Ekane, mort alors que l’État avait la charge de sa personne. Un régime qui laisse mourir ses opposants entre ses murs et tarde à rendre des comptes ne peut plus se réclamer de la République. Pendant ce temps, l’extrême-Nord vit sous la menace permanente, et le Nord-Ouest et le Sud-Ouest s’enlisent dans une crise que quarante ans de surdité ont laissée pourrir.
Le plus accablant tient peut-être à cette indifférence tranquille. Aucun gouvernement soucieux de son peuple n’aurait toléré un tel désastre aussi longtemps. Il faut un pouvoir sûr de son impunité, protégé par un entourage qui prospère du statu quo, pour regarder un pays s’effondrer en parlant de stabilité. Cette stabilité-là n’est que celle du cimetière.
Face à cela, les signataires formulent des exigences claires : la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et d’opinion, des commissions d’enquête indépendantes sur les assassinats d’Anicet Ekane et de Martinez Zogo, le départ de M. Biya. Ils réclament aussi le retour sécurisé d’Issa Tchiroma Bakary, qu’ils tiennent pour le président élu, et appellent la communauté internationale à cesser de détourner le regard. Elle ne peut pas indéfiniment se dire attachée à la démocratie tout en traitant avec un pouvoir qui la piétine.

Ce que Paris a rappelé ce samedi, c’est que l’exil ne rend pas muet. La diaspora, que Yaoundé aime à ignorer quand elle ne la surveille pas, porte la voix de ceux qu’on bâillonne au pays. Chaque drapeau brandi devant l’ambassade dit la même chose : un peuple peut être trompé, matraqué, emprisonné, mais il n’abdique pas sa souveraineté.
Les régimes qui se croient éternels sont ceux qui tombent de plus haut. Le Cameroun mérite mieux qu’une fin de règne confisquée par ceux qui en vivent. Il mérite des urnes respectées, des hôpitaux qui soignent, des écoles qui instruisent, une justice qui juge. Tant que le pouvoir répondra par les geôles à ce que le peuple dit dans la rue, il ne fera que confirmer ce que Paris a crié : sa légitimité est morte, et plus personne n’est dupe.
Emmanuel Ekouli
